Culture

Festivals d’été, la culture en grand format

Festivals d'été, la culture en grand format
Festival de Thau © Phil Poulenas
Ils se sont imposés dans nos habitudes de consommation culturelle sans même qu’on s’en aperçoive. À tel point qu’un été sans festival, comme nous avons tristement pu en vivre ces dernières années, devient désormais bien vite fade et trop calme. Il faut dire que ces formats sont caractéristiques de notre époque moderne, comme nous l’apprend l’histoire de ces événements souvent hors normes.

Ne négligeons pas l’existence, avant le XXe siècle, de certains grands rendez-vous qui se poursuivent encore aujourd’hui. C’est notamment le cas des très renommées Chorégies d’Orange, qui sont tout simplement la référence française en la matière, puisque ces rencontres musicales investissent le sublime théâtre antique provençal depuis 1869, soit plus de 150 ans ! Mais il n’est rien de dire qu’à cette époque, les organisateurs étaient loin d’imaginer l’ampleur que prendrait ce format au cours du siècle suivant…

Il faudra toutefois passer par deux guerres mondiales et un besoin véritable de renouer avec une culture libre et indépendante, avant de constater un incontestable essor des festivals. Parmi les événements les plus connus qui sortent alors de terre, on retrouve notamment l’incontournable Festival de Cannes, qui connaît enfin sa première en 1946 après une tentative avortée du fait de l’avancée nazie en 1939, ou encore le Festival d’Avignon en 1947.

C’est en revanche depuis les années 80 que les festivals se multiplient de façon exponentielle. Raisons artistiques, sociales, politiques ou même financières… De nombreuses explications se combinent autour de ce phénomène, mais le constat est sans conteste : les festivals plaisent, attirent et mobilisent. À l’image de grands rendez-vous comme Woodstock (1969), Live Aid (1985) et dans le sillon de la Fête de la Musique, qui célébrait ses 40 ans cette année, ils sont ancrés dans le paysage culturel.

De l’élitisme à l’éclectisme

Le temps faisant son œuvre, et les habitudes de consommation évoluant au fil des années, les festivals d’aujourd’hui ne ressemblent déjà plus à ce qu’ils étaient il y a quelques décennies. Bien sûr, l’offre artistique s’est considérablement étendue, étoffée et diversifiée, mais c’est désormais l’expérience festival qui est mise en avant, parfois même davantage que les programmations stricto sensu.


Aux origines des festivals, c’est avant tout une affaire de connaisseur que d’y assister. En créant des univers hors du monde et propices à l’entre-soi, ces premiers événements ressortent, sous notre regard du XXIe siècle, comme des rendez-vous d’élites, d’aucuns diraient de snobinards, qui n’ont plus rien à voir avec ceux que nous connaissons désormais. L’enjeu est même devenu un argument de poids dans l’identité de ces « nouveaux » festivals. Là où, avant, on se déplaçait avant tout pour assister au concert de tel artiste, à la dernière création de tel metteur en scène, au dernier film de tel réalisateur, la tendance s’inverse peu à peu. Certains rendez-vous en ont d’ailleurs déjà fait un ADN à part entière. Comme nous l’explique Stéphane Krasniewski, directeur des Suds à Arles, le public se déplace maintenant « pour le festival autant que pour la programmation ». Le Festival de Thau, suivant ce même principe, propose une expérience à part entière qui réunit l’art de vivre, l’engagement écoresponsable et les propositions artistiques. Dans tous les événements, désormais, on met en avant ce package de l’expérience. Tant mieux s’il peut être combiné à des artistes que l’on apprécie, et tant mieux s’il nous permet de découvrir de nouveaux noms. Tout ce qui compte, c’est d’être dans l’esprit, « dans le mood » diraient certains.

C’est aussi ce qui explique l’évident virage pris depuis quelques années vers l’éclectisme des programmations, qui se constate lui aussi dans tous les domaines. Théâtre, danse, musique, cinéma ou autre, si quelques événements souhaitent maintenir une thématique forte, beaucoup cherchent à se défaire des genres pour des rendez-vous de plus en plus universels, fédérateurs et conviviaux. Entendez par là non pas une perte de qualité de l’offre artistique (bien au contraire !), mais bien un élargissement du spectre culturel qui, en plus de satisfaire le plus grand nombre, permet souvent de belles découvertes tout en tissant des liens entre les différents publics. Là aussi, une nécessité d’être ensemble ? Sans doute. Toujours est-il qu’avec une telle dynamique, nous ne pouvons que nous réjouir de ces festivals qui mêlent avec un certain naturel la culture à l’art de vivre. D’un événement d’une ampleur considérable, les organisateurs se donnent ainsi pour rôle d’accompagner une nouvelle manière de consommer, dans tous les sens du terme.

Bien entendu, chacun gardera sa propre sensibilité. Par affinité musicale, par passion théâtrale, par émotion cinématographique ou même par habitude ou facilité. Mais il est indéniable que les festivals, longtemps pointés du doigt pour leur élitisme latent, forment aujourd’hui d’eux-mêmes des ponts éminemment nécessaires. Ces grands rendez-vous ont même fait partie des premiers à prendre sérieusement en considération la nécessité d’une démarche écoresponsable. Limitation des déchets, sensibilisation des visiteurs, valorisation des circuits courts et de la production locale (autant dans le domaine artistique que dans la restauration)… Dans les festivals, tout suggère une volonté forte de durer à travers le temps. Le seul terme de « festival » se suffit d’ailleurs à lui-même. Dans l’usage courant de notre langue, la création d’un tel événement implique immédiatement l’attente d’un rendez-vous récurrent. Dans son étymologie, d’ailleurs, il semblerait que le mot, revenu tout droit du Royaume-Uni, ait en vérité ses origines en France… Alors, qu’il s’agisse du plus renommé du territoire ou du dernier-né en la matière : longue vie aux festivals, qui font partie de l’art de vivre à la française !


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