Top Hat au Théâtre du Châtelet

Le Théâtre du Châtelet accueille pour la première fois depuis 1950 une œuvre musicale du célèbre compositeur de l’âge d’or américain des comédies musicales : Irving Berlin. Et c’est un vrai plaisir ! D’après le film culte de 1935 « Top Hat » (« Le danseur du dessus », dans la langue de Molière), dans lequel brillait le duo légendaire Ginger Rogers et Fred Astaire, la comédie musicale de Matthew White et Jacques Howard mise en scène par Kathleen Marshall relève le défi d’une adaptation fidèle et intelligemment enrichie de neuf chansons supplémentaires du répertoire de Berlin.

Virginie Dewees
Virginie Dewees
4 mn de lecture

Jerry travers, danseur américain à succès, est invité par son producteur à se rendre à Londre en secret pour créer un nouveau spectacle. Seulement, tout juste arrivé dans la suite de l’hôtel, sa discrétion est compromise par une petite démonstration de claquettes qui réveille sa charmante voisine du dessous, Dale Tremont, qui monte aussitôt pour se plaindre et dont il tombe amoureux sur le champ. Il jure alors de renoncer à sa vie de célibataire pour séduire la belle, elle aussi très charmée. Mais une méprise va contrarier la romance naissante : Dale qui confond Jerry et Horace pense que son courtisan n’est autre que le nouveau mari de sa meilleure amie, Madge ! A cela s’ajoute un ardent admirateur italien qui brûle d’emmener la jeune femme comme modèle pour présenter ses collections de haute couture à Venise, et le ballet des malentendus commence ! Frais, pétillant, espiègle et savoureux Dès les premières secondes le ton est donné. L’orchestre, l’ensemble des danseurs et chanteurs sont incroyables. Ils nous emportent avec une énergie débordante dans cette romance autant qu’à travers le répertoire d’Irving Berlin. Le choix d’ajouter des chansons comme « Puttin’on the Ritz » sert de façon très heureuse le spectacle en donnant de la profondeur aux personnages secondaires et en renforçant le personnage de Dale.

L’œuvre originale, dont on retrouve jusqu’aux D’après Flaubert détails hilarants et superbement écrits des dialogues de l’époque, est à la fois conservée mais aussi sublimée. C’est la marque d’une excellente adaptation. Entre les salves d’applaudissements qui saluent les performances des artistes (mention à Phillip Attmore, remarquable danseur et parfait dans son rôle), les tableaux s’enchaînent avec fluidité dans un décor Art déco aussi beau que bien utilisé. On note aussi avec plaisir le soin apporté par la mise en scène aux plus petits détails de jeu : la manière dont se déguise le domestique, de fausses hésitations comiques, le sous-texte précis durant « Outside of that, i love you », la référence à Fred Astaire avec la danse du porte-manteau… Cette finesse met en avant les intrigues secondaires de l’histoire et participe à rendre un scénario somme toute classique des années 20-30, avec une romance légère et un zest de luttes de classes entre une Amérique jeune et créative et une vieille Europe plus conservatrice, très plaisante à voir aujourd’hui ; autant pour ceux qui se souviennent de ces films et de leur atmosphère si particulière que pour la jeune génération qui les découvrirait à travers ce spectacle d’ailleurs. Une comédie musicale de qualité avec de très bons interprètes qui vous transportent de rires en danses et de danses en chansons avec légèreté, pendant deux heures trente qu’on ne voit pas passer, et qui ne s’engage qu’à vous faire repartir avec le sourire, des airs d’Irving Berlin plein la tête et avec l’envie de revoir le film. Un mot ? Chapeau bas !

Top Hat,
Théâtre du Chatelet
du 15 avril au 3 mai 2026

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virginie.dewees@snobinart.fr
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