Un artiste touche souvent son public à travers ses faiblesses, ses excès, sa personnalité… C’est en cherchant dans sa vulnérabilité qu’il parvient à partager une certaine vérité, la sienne.
En regardant rapidement la biographie d’Alfred Manessier, vous ne trouverez point de fragilité. Du moins, c’est ainsi qu’il nous est présenté. L’ombre n’existe pas chez lui, elle est bien plus présente dans le monde qui l’entoure. L’artiste assumait d’ailleurs réaliser une œuvre qui répond à ce qu’il nomme la « provocation du monde », cherchant un dialogue constant avec son temps.
En ce faisant témoin des événements, souvent négatifs, qui ont marqué le siècle dernier, Manessier en a peut être oublié l’essentiel : parler de ses propres obessions. C’est ainsi que les œuvres parviennent à traverser le temps… En se plaçant comme témoin, il résulte des pièces chargées par les bouleversements historiques mais manquant d’incarnation lorsqu’on les dévoilent quelques décénnies plus tard.
Sa position d’observateur sage se retrouve dans ses toiles, dont beaucoup n’ont pas très bien vieilli… Hormi quelques tableaux comme Nuit d’hiver dans les Marais Picards (1983), sa série des galets ou son travail autour du sacré, ses créations s’inscrivent dans une peinture abstraite classique, représentatrice d’une époque et manquant d’originalité.
L’accrochage est sage, en cohérence avec une œuvre dont l’intérêt principal est historique. Le LAAC, qui conserve un ensemble de pièces majeures de Manessier réalisé entre la fin des années 1960 et la fin des années 1970, assume ici une fonction essentielle en partageant ici sa collection mise en dialogue avec d’autres productions de l’artiste, dans une démarche quasi documentaire.
Alfred Manessier, traverser le monde
Laac (Dunkerque)
Jusqu’au 11 octobre 2026


