« Le Conte d’hiver » par Sandrine Anglade

Un conte d’hiver qui nous mène tout droit en été. Un accès de jalousie pousse le roi Léonte à détruire tout ce qu’il aime. Seize ans plus tard, le destin offre aux vivants une improbable chance de réparer l’irréparable.

Virginie Dewees
Virginie Dewees
3 mn de lecture

Le Conte d’hiver séduit par une mise en scène exemplaire. Au plateau, une semi-économie de moyens est assumée : des praticables noirs proches du théâtre de tréteaux mais surplombés d’un lustre monumental de plusieurs mètres et les comédiens parés de costumes flamboyants. Le paradoxe formidable de cette pièce entre tragédie et comédie est déjà là. Sandrine Anglade donne une ampleur remarquable aux bouleversements de cette fresque shakespearienne tardive. Dans le premier acte on éprouve toute l’injustice et la fatalité d’un pouvoir absolu. Emportée par la certitude aveugle et destructrice de Léonte sur l’infidélité de sa femme qui le ronge tel un cancer, la tragédie devient inexorable. Toutefois le deuxième acte nous gagne par son décalage, sa joie communicative où les éclats de rire s’enchaînent naturellement dans une fresque champêtre et grotesque remplie de personnages attachants. La bascule entre la tragédie du premier acte et la comédie pastorale du second est parfaitement maîtrisée.

Cette rupture de ton, pourtant audacieuse, ne crée jamais de dissonance. Au contraire, l’interaction avec les spectateurs, invités à participer à la fête de village avant même le début de la pièce, nous rend complices de cette douce folie et nous entraîne avec bonheur dans le conte. Quant aux comédiens, ils composent une galerie de personnages si incarnés qu’on en oublie les interprètes derrière leurs multiples rôles. Ils rendent tous les personnages savoureux en nous faisant vivre leurs contradictions, leurs défauts et leur amour, dans le respect de l’âme des pièces de Shakespeare. Une belle démonstration de théâtre vivant.

Un Shakespeare musical, drôle, généreux, et résolument fédérateur.

Le Conte d’hiver de William Shakespeare
Mis en scène par Sandrine Anglade

09.01.2027 — Théâtres de Maisons-Alfort | Maisons-Alfort (94)
14.01.2027 — Théâtre Roger Barat | Herblay (95)
23.01.2027 — Théâtre Madeleine Renaud | Taverny (95)
29.01.2027 — Théâtre Georges Simenon | Rosny-sous-Bois (93)
27.02.2027 — Le Beffroi | Montrouge (92)
02.03.2027 — Le Carré Belle-Feuille | Boulogne-Billancourt (92)
09–11.03.2027 — La Comédie de Picardie | Amiens (80)
18–19.03.2027 — Théâtre d’Aurillac | Aurillac (15)

23–25.04.2027 — Auditorium Jean-Pierre Miquel | Vincennes (94)

Partager cet article
virginie.dewees@snobinart.fr
Laisser un commentaire

Abonnez-vous au magazine