Marc Forest, le pixel comme peinture

À y regarder de plus près, ses œuvres sont presque une abstraction. Marc Forest, artiste normand, aborde le paysage avec le trait comme point d’honneur. Ses paysages, dessinés sur Ipad, transportent le regardeur dans les endroits que l’artiste a visité, transmettant la poésie et l’âme des lieux.

Pauline Bailly
Pauline Bailly  - Critique d'art
3 mn de lecture

C’est bien souvent la nature qu’il retranscrit sur son iPad, d’après une photographie de lieux qui le touche. Constitués de milliers de petits traits, ses « carrés », comme il les appelle, font ressortir la poésie des paysages, le calme des lieux qu’il visite. Marc Forest ancre la lumière et les couleurs dans un geste devenu presque automatique, qui l’emmène une seconde fois sur le lieu qu’il a traversé.

L’artiste opère méthodiquement : il visite un endroit, souvent une forêt, une plage ou un paysage côtier, prend une photographie, puis, une fois retourné chez lui, la travaille sur tablette. Il recadre, sélectionne et reproduit le paysage sous la forme de neuf dessins carrés. Comme s’il visitait le lieu une seconde fois, il cherche à esquisser la sensation éprouvée sur place, s’éloignant de l’exactitude photographique.

Le protocole est un point d’ancrage fort chez Marc Forest. Toujours organisés par séries de neuf, ses dessins composent des mosaïques de paysages. Chaque « carré de couleur » oscille entre réalisme et abstraction : de loin, on reconnaît une forêt, une plage, une ligne d’horizon ; de près, l’image se dissout dans une multitude de traits.

Le paysage devient alors de la matière, parmi une multitude de couleurs et de sensations.

Marc Forest dessine depuis toujours, noircissant des carnets et accumulant les croquis. Originaire de Saint-Lô et ayant grandi à Cherbourg, il a navigué entre l’Irlande et le sud de la France avant de revenir en Normandie. Ces déplacements nourrissent son rapport aux paysages et aux lieux de passage. Le numérique lui permet aujourd’hui de prolonger cette pratique, de multiplier les essais et de revenir sur son dessin.

Une fois terminé, le dessin quitte l’écran. Les œuvres sont imprimées en digigraphie, redonnant une matérialité au travail numérique. L’image photographiée devient alors une œuvre physique, passée par plusieurs états : lieu, photographie, dessin, impression.

Sa pratique ne s’arrête pas là, toujours en mouvement, il est aussi adepte du lavis, technique traditionnelle du dessin à l’encre, et plus récemment des carrés à l’acrylique . Mais ce qui est certain, c’est qu’il poursuit sa quête de collection des paysages.

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Par Pauline Bailly Critique d'art
pauline.bailly@snobinart.fr
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