Entretien avec Jean-Marie Avisard, chef jardinier des jardins de Claude Monet à Giverny

Pauline Bailly
Pauline Bailly  - Critique d'art
3 mn de lecture

Les jardins que l’on découvre aujourd’hui sont- ils fidèles à ceux de Claude Monet ?

Oui, la structure est restée pratiquement identique. Les allées, les massifs, les perspectives ont été reconstitués à partir de photographies, de tableaux et de témoignages de personnes ayant connu le jardin à l’époque de Monet. Lors de la restauration, dans les années 1980, il existait encore des souvenirs directs du lieu. Bien sûr, certaines variétés de fleurs ont dispa- ru ou évolué au fil du temps, mais l’esprit du jardin est resté intact.

Quelle est la philosophie qui guide votre travail?

Notre objectif est simple : permettre au visiteur de se promener dans un tableau impressionniste. Toutes les plantations sont conçues par touches de couleurs, en nuances successives, comme sur une toile de Monet. Ce qui nous guide avant tout, c’est la couleur. Contrairement à beaucoup de jardins contemporains, nous utilisons relativement peu de graminées ou de feuillages décoratifs. Ici, la fleur est reine.

Cherchez-vous à retrouver exactement les plantes visibles dans les tableaux ?

Pas nécessairement. Certaines espèces emblématiques sont bien présentes, comme les capucines de la grande allée, les rosiers ou les dahlias. Mais les variétés horticoles ont énormément évolué en un siècle. Ce qui compte davantage que l’espèce elle-même, c’est la manière dont les plantes sont associées. Monet travaillait par harmonies colorées ; nous faisons la même chose.

Disposez-vous d’une liberté de création ?

Dans certaines limites. Chaque massif possède une identité chromatique précise : ici les roses et les blancs, là les rouges, plus loin les bleus et les violets. Ensuite, les jardiniers composent en fonction des plantes disponibles. Nous produisons près de 80 % des végétaux sur place. Chaque année est différente, selon les conditions climatiques et les réussites de culture. Il existe donc toujours une part d’interprétation.

Le jardin semble constamment fleuri. Comment y parvenez-vous ?

C’est un travail permanent. Dès l’ouverture au printemps, les pensées, myosotis et tulipes prennent le relais de l’hiver. À partir de la mi- mai, après les Saints de glace, nous remplaçons progressivement ces plantations par les annuelles d’été : dahlias, sauges, impatiens et bien d’autres. L’idée est qu’entre le 1er avril et le 31 octobre, le jardin ne connaisse jamais de véritable interruption de floraison.

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Par Pauline Bailly Critique d'art
pauline.bailly@snobinart.fr
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