Thibault Loucheux Le Nouveau Commerçant
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Rencontre avec Frédéric Coudron pour son roman La Suerte de Matar

« Tu es pour ou contre la corrida ? » Cette question est devenue un sujet d’actualité en donnant l’opportunité aux individus de se juger entre eux. Frédéric Coudron met tout le monde d’accord en publiant La Suerte de Matar aux éditions Au diable Vauvert. L’auteur explore les deux points de vue autours d’une journaliste forte (Lise), d’un matador charismatique (Manuel Ortega) et d’une intrigue policière passionnante.

Peux-tu te présenter ?

Je suis né en 1976; j’ai donc 33 ans (joke) et j’ai une formation plutôt scientifique, à la base, parce qu’à l’époque, c’était la voie privilégiée lorsqu’on n’était pas trop mauvais en classe. Classes préparatoires, École d’ingé puis Ecole d’Administration, pour être aujourd’hui DGST de la Ville de Dax et de son agglomération. Pour autant, j’ai toujours eu l’âme plus littéraire que scientifique. C’est probablement ringard, aujourd’hui, mais, en cours et en dehors, j’adorais le latin, le grec et la littérature classique. Plus tard, écrire est donc devenu une évidence, pour moi. Un équilibre nécessaire entre mon job de tous les jours et l’évasion de l’esprit.

La corrida est un sujet sensible et tu choisis de l’aborder sans jugement. Le roman permet de prendre le temps d’expliquer, et tu décris la tauromachie comme une philosophie, une vision de la vie, ce qui peut aider les lecteurs les plus réticents à la comprendre. C’était important pour toi de ne pas brusquer les anti-corridas et de leur partager ta passion ?

C’est effectivement un sujet très clivant et qui focalise les débats d’idées entre humanistes et Animalistes, juste parce que la corrida est visible de tous. Il y a en réalité les pros, les antis mais surtout une grande majorité des gens qui ne connaissent, en fait, pas du tout le sujet et sont plus « contre », par ignorance, que par principe. C’est surtout à eux que je voulais m’adresser, en le faisant sans parti pris, de la façon la plus neutre possible, à travers le prisme d’une journaliste dont le personnage m’a été inspiré par mon épouse. Lorsque nous sommes arrivés à Dax, par mes fonctions, nous avons été invités à voir des corridas. Elle n’y connaissait absolument rien et était terrifiée, à l’idée de voir mourir un toro. Et puis, elle s’est intéressée à ce monde dont elle ignorait tout. Et, contre toute attente, elle a commencé à le comprendre et à l’apprécier. J’ai trouvé ce mécanisme d’acquisition de la connaissance menant à la tolérance particulièrement intéressant. Tout le roman repose là-dessus.

L’histoire est écrite à la première personne du singulier à travers le point de vue de Lise. N’est-ce pas trop dure de se mettre à la place d’une femme ?

Bizarrement, c’est presque naturel pour moi. Je l’avais fait une première fois, il y a quelques années, dans un de mes romans (616) et j’y avais pris beaucoup de plaisir. J’aime penser comme une femme, le temps d’un livre. J’admire les femmes pour leur sensibilité et l’amour qu’elles ont à donner. Mon côté féminin, probablement…

En général en lisant des romans policiers, on a tendance à se perdre dans un flot de personnages. Ici ce n’est pas le cas, notamment parce que chaque protagoniste a son caractère bien particulier. Comment as-tu construit les personnages de ton histoire ?

Le personnage de Lise m’a été inspiré par mon épouse, je l’ai dit, au moins sur le plan l’attitude vis à vis de la corrida. Elle est sûre d’elle et fragile, à la fois.

Ortega lui est une sorte de mutant. Il m’a été inspiré par Jose Tomas, pour le toreo, avec une pincée de Ponce et Manzanares, pour l’attitude.  Beaucoup de lecteurs me disent qu’il leur rappelle Christian Grey de Fifty Shades mais ce n’est pas voulu, au départ. J’ai plus puisé son côté sulfureux du côté de Valmont…

Le roman contient quelques passages où l’acte sexuel est décrit de manière explicite. Doit-on le voir comme la traduction d’une relation étroite entre érotisme et corrida ?

Évidemment! La mort et le sexe ont toujours été indissociables. C’est l’Eros et le Thanatos.  La corrida, par ses traditions, par ses costumes, par la danse sensuelle qui lie le torero et le toro a une dimension érotique très puissante. Ne dit-on pas que l’orgasme est une petite mort.

Ce qui m’a vraiment plu dans la lecture de ton roman, c’est le mélange des genres. On trouve le policier, la corrida, l’érotisme… Tout se mélange et apporte l’originalité à ton livre. Quelles sont tes influences ?

Je te remercie; c’était le but. Avec le temps, j’ai de plus en plus de mal à rentrer dans les cases. Dans la vie, tout se mélange alors pourquoi pas dans les livres. Évidemment, c’est un pari risqué car aujourd’hui, on aime tout catégoriser. Tout doit être sagement rangé bien à sa place. Je n’ai pas véritablement d’influences. J’ai plutôt des modèles dont Frédéric Dard pour ses romans noirs, Brel et Bashung, pour leur côté rebelle.

Tu es publié par Marion Mazauric aux éditions Au diable Vauvert. C’était important pour toi que ton éditrice connaisse la milieu taurin ?

J’ai surtout eu une chance énorme qu’elle ait accepté de me lire et de me publier! Comme je te l’ai dit, la corrida est un sujet clivant et beaucoup d’éditeurs ont tout simplement refusé de lire le manuscrit de la Suerte, juste à cause de sa thématique, alors que dans un thriller classique, des gens meurent à chaque page et parfois même des enfants! Alors, je la remercie tous les jours de m’avoir fait confiance. Marion est une femme exceptionnelle qui fait mille choses à la fois, avec un talent incroyable. Elle dit de moi que je suis un hyperactif mais elle l’est également…

Quels sont tes projets ?

En bon hyperactif, j’écris beaucoup et j’écris vite. Je viens de terminer le manuscrit d’un « western ». L’histoire se déroule au Mexique, à la fin du 19ème et m’a été inspirée par la rejoneadora Lea Vicens. Et actuellement, je bosse sur un autre projet dont le personnage principal sera un D.J.

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