Frédéric Beigbeder : enfermé et libéré ?

Cela fait quelques années que Beigbeder a quitté la capitale, probablement par peur de finir comme tous les dandys: promis à une fin précoce offerte par les excès. Si l'auteur de L'amour dure trois ans a fait le choix du bonheur en s'installant au Pays basque avec sa famille, il n'a rien perdu de son talent impertinent, frivole et élégant. Une façon de choisir la joie plutôt que la déchéance.

Thibault Loucheux-Legendre
Thibault Loucheux-Legendre  - Rédacteur en chef / Critique d'art
3 mn de lecture

Frédéric Beigbeder… Ce nom sonne pour moi comme le symbole d’une découverte, celle de la littérature. Certains la découvrent avec les classiques, d’autres avec la bande dessinée ou dans la science-fiction… Beigbeder a été un point de départ qui ne m’a jamais quitté. Que cela soit à travers le sentimental Marc Marronnier ou le plus sombre et excessif Octave Parango, ces personnages m’attiraient dans un univers nouveau, dont la redécouverte subsiste encore aujourd’hui comme une expérience jubilatoire.

Un roman de son œuvre m’avait particulièrement marqué : Un roman français. Dans ce livre, Beigbeder tentait de retrouver des souvenirs de jeunesse alors qu’il était en garde à vue après avoir été arrêté pour usage de cocaïne. Il est probable que ce soit dans l’introspection que Beigbeder trouva la voie vers l’aboutissement. C’est d’ailleurs avec ce livre qu’il obtint le Prix Renaudot en 2009. Nous y trouvâmes un Beigbeder mélancolique, éloigné de ses premières pirouettes littéraires certes jouissives mais plus proche d’une sensibilité qui résiste au temps.

Dans Un barrage contre l’Atlantique, l’auteur revient à l’introspection. Dans une galerie de Saint-Jean-de-Luz, Beigbeder découvre une toile représentant une cabane dans laquelle sont nichés un fauteuil couvert d’un coussin à rayures et un bureau d’écrivain avec un encrier et des carnets. L’écrivain reconnaît l’endroit : il s’agit de la pointe du Bassin d’Arcachon, là où vit son ami Benoît Bartherotte, homme d’affaires vivant au Cap Ferret et renforçant sa digue qui menace de céder sous la pression naturelle de l’Atlantique. Contraint à l’enfermement durant le confinement, Beigbeder est condamné à retrouver son passé, comme dans sa cellule quelques années auparavant : « A chaque fois qu’on m’enferme, je me souviens. Quand il n’y a plus de présent et que le futur est incertain, il ne reste plus qu’à s’adoucir au passé. Un roman français était incomplet ; voici d’autres péchés de ma jeunesse. »

Dans la solitude, Beigbeder plonge dans ses souvenirs embrumés : son enfance entre deux parents divorcés, les années 70, son adolescence, la fête et les flirts, sa rencontre avec Laura Smet en 2004…

L’auteur y voit ici un moyen de compléter Un roman français. Si l’auteur revient à la sensibilité et la nostalgie comme dans son roman de 2009, on ne peut le limiter qu’à un complément. Un barrage contre l’Atlantique est aussi un coup de foudre littéraire pour les souvenirs poétiques d’un écrivain empruntés par le style inimitable de son auteur et marqué d’une grande mélancolie. En reconstituant son passé, Beigbeder retrace son histoire, mais également celle d’une génération « endommagée » enfermée entre des boomers « libérés » et des millennials « surprotégés » : « On est une génération de dommages collatéraux. »

Enfermé ou libéré, Frédéric Beigbeder reste l’un des auteurs les plus talentueux de sa génération.

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Par Thibault Loucheux-Legendre Rédacteur en chef / Critique d'art
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Après avoir étudié l'histoire et le cinéma, Thibault Loucheux-Legendre a travaillé au sein de différentes rédactions avant de lancer Snobinart et de se spécialiser dans la critique d'art contemporain. Il est également l'auteur de plusieurs romans. 06 71 06 16 43 / thibault.loucheux@snobinart.fr
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