Cinéma Culture Entretien

Entretien avec Terry Gilliam : « l’humour est notre manière de survivre. »

Photo : Thibault Loucheux / Snobinart
En plus de cinquante ans de carrière, Terry Gilliam s'est fait une place dans l'histoire du cinéma mondial. De ses débuts avec les Monty Python jusqu'à son dernier film L'imaginarium du docteur Parnassus, le cinéaste britannique a fait tourné les plus grands comme Jonathan Price, Robert de Niro, Bruce Willis, Brad Pitt, Uma Thurman, Benicio del Toro, Matt Damon, Heath Ledger, Johnny Depp, Jude Law, Colin Farrel... Réalisateur du chaos, de l'absurde, de l'imagination... il offre ainsi au septième art une œuvre unique dont certains films comme "Brazil" ou "Las Vegas Parano" qui marqueront des générations de cinéphiles.

Nous avons rencontré le cinéaste à l’occasion du Festival Ecrans Britanniques / British Screen dont il était le parrain de la 25e édition. Le rendez-vous était donné dans une salle de cinéma du Sémaphore. Nous y découvrons un Terry Gilliam souriant, jovial, simple (en claquettes chaussettes) et disposé à partager ses expériences avec une grande générosité. Le cinéaste nous a parlé du cinéma français, des grands thèmes qui ont marqué sa carrière et du futur du cinéma.

Bienvenue à Nîmes ! Vous êtes parrain de cette 25e édition du Festival Ecrans Britanniques / British Screen, qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

Je suis très heureux d’être ici à Nîmes, une ville magnifique avec de belles pierres. La seule chose étrange c’est que je suis invité et que je fais tout le travail (rire). Je suis très heureux d’être ici, de parler de mes films avec les spectateurs et d’avoir échangé avec les jeunes autour de ma carrière.

Quel regard portez-vous sur le cinéma français ? Certains cinéastes figurent-ils parmi vos influences ?

French cinéma… Le seul réalisateur français que j’apprécie énormément est Albert Dupontel. Pour moi, il est le cinéma français, le vrai cinéma français, le seul qui existe. 

Comme Albert Dupontel, vous êtes acteur et réalisateur. Vous avez dit « je suis un acteur qui joue le réalisateur » (ndlr : interview de Konbini en 2019). Est-ce que vous pouvez nous expliquer cette phrase ?

Je ne me rappelle pas avoir dit ça (rire), je l’ai sûrement dit (rire). Albert est un très grand acteur, moi je suis nul. Le seul rôle dans lequel je suis bon c’est celui dans lequel je prétends être, c’est-à-dire celui de réalisateur. C’est le seul rôle que je sais jouer.

Vous avez des thèmes récurrents dans vos films qui sont antinomiques, comme le chaos et l’ironie, l’humour et la tragédie… Cette contradiction est-elle aussi un thème important de votre filmographie ?

Oui, le chaos apporte l’inattendu et la surprise alors que l’ordre… C’est ça la vie, pourquoi est-ce que les gens pensent que la vie est autre chose que cette bataille entre la réalité et le rêve ? Pour ce qui est de l’humour, je pense que c’est la meilleure façon de se défendre des tragédies de la vie. Plus les choses nous font peur et plus il faut essayer de rire de ces choses-là. L’humour est notre manière de survivre.

Photo : Thibault Loucheux / Snobinart

Est-ce que c’est possible d’inventer une nouvelle façon de faire du cinéma ?

Peut-être avec un Iphone ? On encourage beaucoup les gens à faire des films aujourd’hui et il y a certainement des nouvelles formes qui vont émerger. Il y a des nouvelles techniques à explorer. Moi ce qui m’intéresse ce n’est pas vraiment la technologie, mais plutôt raconter une histoire, la manière dont on l’aborde. Netflix a en quelque sorte inventé une nouvelle façon de raconter des histoires parce qu’on est plus limité au format d’un seul film, on peut regarder des histoires des heures et des heures sans s’arrêter. J’ai écrit une histoire qui n’est pas encore tournée. L’idée serait peut-être d’en faire une série sur Netflix.

Pensez-vous avoir réalisé vos rêves d’enfant ?

Je ne suis pas toujours très inspiré, je n’ai pas de projet particulier en fait. C’est juste que parfois j’ai des idées, je les suis, parfois ça se réalise et c’est bien. Mais je ne suis jamais dans le « si seulement je pouvais… ». C’est un processus très spontané. Je ne cours pas après les rêves. A partir du moment où je me suis levé ce matin et que j’entends les horreurs en Ukraine, je pense que s’il y avait un rêve à avoir ce serait que ce cauchemar s’arrête.

Recueilli par Thibault Loucheux

Pavec la participation de Sammy Guell et Mathéo Philbert.

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