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De Pachelbel à Orelsan : rien ne se perd, tout se transforme

De Pachelbel à Orelsan : rien ne se perd, tout se transforme
© Cédric Passinay
Le Yung Fest à Montpellier, le Festival de Nîmes, Les Escales du Cargo d'Arles ou encore Quand je pense à Fernande à Sète... Tous ces grands rendez-vous musicaux ont un point commun : ils programment des artistes qui se sont inspirés des plus grands compositeurs classiques. Une histoire de siècles...

Au-delà des cours de musique imposés au collège et dont je ne n’ai plus aucun écho, mon plus ancien souvenir de rencontre avec la musique dite classique est teinté de sonorités électro. Sous les doigts de la violoniste Vanessa-Mae, L’Été de Vivaldi prenait une dimension qui s’adressait pertinemment à mes jeunes oreilles et ramenait la musique d’autres siècles au centre de mon intérêt. Et si, par cette réappropriation d’un des morceaux les plus connus du répertoire du compositeur, cette artiste a su apporter une interprétation définitivement moderne, cette pratique a depuis longtemps fait ses preuves dans ce que nous écoutons au quotidien.

Alors que la saison des festivals s’ouvre peu à peu sur notre territoire, voici un tour d’horizon des passerelles, plus ou moins évidentes, que les artistes d’aujourd’hui créent avec des siècles de musique. Du côté du Festival de Nîmes, par exemple, la riche programmation de cette année est l’occasion parfaite de s’intéresser aux différentes pratiques utilisées par la production musicale contemporaine. De l’inspiration à la reprise, en passant par le remix ou le sampling (qui consiste à réutiliser une partie d’un morceau existant), plusieurs des artistes en concert dans les arènes en 2022 ont revisité des compositions d’antan, à commencer par l’un des plus attendus de cette édition…

Ce n’est un secret pour personne, et c’est d’ailleurs l’un des exemples les plus flagrants : pour son titre Carmen sorti en 2013, Stromae a remis au goût du jour la Habanera du Carmen de Bizet, autant dans les accords que dans le texte, d’ailleurs. Toujours dans un esprit de modernisation et de réappropriation d’un morceau, le chanteur international Sting est également allé chercher loin dans l’histoire pour interpréter Cold Song, tirée dans sa version originale de l’opéra King Arthur écrit par Henry Purcell en 1691. De leur côté, les papys du rock de Deep Purple ont régulièrement repris sur scène les partitions de compositeurs variés tels que Beethoven, Ravel ou Strauss.

La musique classique sert aussi parfois de tremplin à l’inspiration, comme ce fut le cas pour Mika au moment de composer l’un de ses plus gros succès, Grace Kelly. De son propre aveu sur le plateau de Taratata en 2007, ce titre fait écho au Largo al factotum dans Le Barbier de Séville de Rossini.


Certains morceaux semblent d’ailleurs plus propices à une réinterprétation contemporaine. C’est ce que l’on note par exemple pour le fameux Canon de Pachelbel qui se retrouve déjà largement repris dans la chanson française, chez Sardou, Polnareff ou Calogero, entre autres. Plus proche de nous, on l’entend également dans La Petite Marchande de porte-clés du rappeur Orlesan, ou dans le très diffusé Dumbo de Vianney, qui sera lui sur la scène des Escales du Cargo à Arles en ce mois de juin.

Puisqu’on parle de chanson française, impossible de ne pas mentionner l’un des grands auteurs de l’ère moderne en la matière, Serge Gainsbourg. Pas en reste en ce qui concerne la musique classique, il est aussi bien allé chercher du côté de Chopin (Lemon Incest), de Dvořák (Initials B.B.) ou encore de Brahms pour Baby alone in Babylone de Jane Birkin, qui se produira au Théâtre de la Mer à Sète pour le Festival Quand je pense à Fernande.

Pour ce qui est des remix, il est un nom qui résonne de plus en plus dans le paysage musical hexagonal et qui colle parfaitement à cette thématique. Son nom : Vladimir Cauchemar, un DJ capable de produire les titres de Lomepal ou Eddy de Pretto, tout en sortant de véritables tubes électro à base de flûte. Invité d’exception du 2e Yung Fest de Montpellier cette année, il est également à l’origine d’un remix réussi de la Sonate N°1 de Beethoven.

Dans l’histoire moderne de la musique, ces quelques noms sont loin de faire exception. Le même Beethoven se retrouve dans la chanson Because des Beatles, quand Prokofiev inspire Robbie Williams pour Party like a Russian, ou Bach l’écriture de Lady Gaga pour Bad Romance.

Le sujet de la réappropriation est vaste, ne serait-ce que dans le domaine de la musique. D’hommage en héritage, de détournement en réactualisation, cette pratique fait indéniablement partie de la composition contemporaine. Comme le dit l’adage, « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ». Et cet état d’esprit est bien à distinguer des sujets qui font parfois débat autour du plagiat. D’abord parce qu’on évoque ici des œuvres tombées dans le domaine public et qui ne sont pas ou plus soumises au principe de propriété intellectuelle. Mais aussi parce qu’à force de décennies musicales modernes, on a appris à faire la part des choses.

Ce n’est pas pour rien si un laxisme relatif a peu à peu été instauré, notamment sur l’utilisation de samples. Récurrents dans l’électro et le rap, ces extraits issus de morceaux existants servent de terreau à de nouvelles créations, du reste originales. Sans cela, pas de Crazy in Love pour Beyoncé, pas de Hung Up pour Madonna et une discographie bien différente pour les Daft Punk, par exemple.

Rappelons enfin que, bien loin de ces controverses très contemporaines, il arrive encore que des similitudes soient relevées entre deux compositions d’un autre siècle. Hasard, hommage ou plagiat volontaire, ainsi s’écrit quoiqu’il arrive la musique dans les époques.

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