En entrant dans les salles de l’Institut Suédois, il règne une sorte de chaos artificiel, comme si une fête avait commencé avant notre arrivée. Des mannequins, tous aussi barrés les uns que les autres, sont installés un peu partout dans l’espace. L’un d’entre eux a une tête de sanglier, l’autre des bras en pieds de table… Mais qui sont ces personnages hybrides qui s’épanouissent sous nos yeux ?
Présentée dans le cadre de Paris Design Week, l’exposition a pour objectif d’explorer : « La tension entre ordre et distorsion, neutralité et identité, ordinaire et absurde. L’ordre discret qui imprègne le quotidien suédois est mis à l’épreuve par de légères dissonances : tout semble vouloir être juste, mais quelque chose résiste, glisse, échappe. »
Pour ce faire, Nicole Walker, commissaire de l’exposition, a travaillé avec plusieurs créateurs de mode (Hodakova, LLL, Love is Shouty but Iconic, Our Legacy et Per Götesson) et artistes (Anton Alvarez, Simon Skinner, Anna Uddenberg et Klara Zetterholm). Ils ont créé un ensemble de silhouettes, de sculptures, de sons et d’images. Ces mannequins sont habillés de vêtements, mais aussi d’objets du quotidien. Ce sont des figures familières, mais quelque chose cloche… Comme s’ils avaient inventé un nouveau langage que nous ne pouvons comprendre qu’à moitié. C’est de cette incompréhension que naît la gêne. Les corps sont désarticulés, fragmentés, recomposés… comme si quelqu’un avait joué avec leurs matières et leurs proportions pour proposer de nouvelles identités uniques. Il faut s’approcher pour découvrir les détails que chacun exhibe avec plus ou moins de finesse. Si tous ces éléments pris un par un existent dans notre conscience, leur assemblage pour créer un corps provoque une incompréhension, pour ne pas dire une réelle impression de méfiance. Émerge alors cette intuition que les choses ne sont pas à leur place. C’est la fameuse das Unheimliche (inquiétante étrangeté) définie par Sigmund Freud. Un sentiment de malaise ou de trouble qui surgit lorsqu’un élément familier devient soudainement étranger, bizarre ou menaçant.
Cette étrangeté couplée aux mouvements des corps effectués par les mannequins se traduit par un sentiment de profond malaise. Ces corps désarticulés occupent l’espace avec une certaine prestance, qui tend à nous interroger sur la notion même de normalité. Ils ont le nombre de leur côté et semblent prendre vie. Dans cette pièce, qui est normal ? Qui ne l’est pas ? Quand notre regard croise celui d’un mannequin, il semble nous signaler que c’est nous qui sommes différents. Notre neutralité devient exubérance à leurs yeux. Finalement, l’exposition joue sur cette tension entre l’ordre et la distorsion, le normal et l’absurde, l’humour et l’étrange…
Tout est en ordre
à l’Institut Suédois
Jusqu’au 4 octobre 2026


