J’avoue avoir été enthousiaste lorsque j’ai entendu qu’une exposition sur l’autoportrait se montait dans la capitale. Longtemps boudée (encore plus que la figuration dans sa globalité), j’ai toujours trouvé que la représentation de soi dans l’art relevait d’une certaine magie. Il y a ce côté originel chez chaque artiste de vouloir se dessiner ou se peindre, l’amenant ainsi à répondre à de nombreuses questions : comment se voit-il ? Comment se perçoit-il ? Comment, avec sa personnalité, son style, son genre, son mouvement, doit-il se représenter ? J’y vois un exercice passionnant où l’on trouverait autant de réponses différentes que d’artistes. Se représenter, c’est se dévoiler, tout en prenant du recul. Un équilibre fragile entre introspection, distance et engagement esthétique, qui se transforme en quête vers la représentation de soi.
Si l’exposition ne montre pas uniquement des autoportraits (elle dévoile des portraits d’artistes réalisés par d’autres créateurs), on se rend compte rapidement que la peinture et la sculpture de l’art ancien côtoient des œuvres contemporaines. C’est ici que l’exposition devient quasiment féministe, en mettant en évidence un déséquilibre qu’on connaît déjà tous : l’histoire du portrait, en France, a été écrite presque exclusivement par des hommes. Pendant des siècles : les hommes peignent, les hommes regardent, les hommes existent. Aujourd’hui, les femmes reprennent le cadre. Les écoles d’art sont composées majoritairement de jeunes femmes, malgré qu’elles soient encore minoritaires à exposer. Dans Visages d’artistes, le contemporain arrive en réponse avec des artistes importantes dans le paysage artistique français, que ce soit pour leur pratique singulière ou leur engagement féministe. On retrouve notamment Nina Childress, Hélène Delprat, Annette Messager, Sophie Calle, Nathanaëlle Herbelin, Claire Tabouret, Cindy Sherman, Apolonia Sokol, ou encore Françoise Pétrovitch.
Mais l’exposition n’est pas construite comme une opposition, elle interroge. Visages d’artistes s’articule comme un dialogue entre art ancien et contemporain où le portrait devient un terrain de jeu fascinant.
Visages d’artistes
au Petit Palais
Jusqu’au 19 juillet 2026


