Printemps des Comédiens 2022, le théâtre en trois dimensions

Incontournable rendez-vous des arts de la scène à Montpellier, le Printemps des Comédiens se prépare pour sa 36e édition qui se tiendra du 25 mai au 25 juin 2022. À la tête du festival, le passionné Jean Varela propose une programmation riche et osée.

Peter Avondo
Peter Avondo  - Critique Spectacle vivant / Journaliste culture
6 mn de lecture

Depuis son arrivée à la direction du Printemps des Comédiens, Jean Varela a œuvré pour faire de cet événement bien plus qu’un festival. Outre les grands rendez-vous, représentations et rencontres qui rythment ce mois de théâtre à Montpellier, c’est une véritable sphère d’influence artistique qui gravite autour du Domaine d’Ô. Formation, création, concrétisation… telle pourrait être la devise de ce microcosme des arts de la scène qui semble réussir à bon nombre des artistes qui l’habitent et le traversent.

Et pour cette 36e édition, qui s’annonce enfin complète après la crise que nous connaissons, toute l’essence de ce grand moment se retrouve dans la programmation. Autant de grands noms de la scène que de jeunes artistes, autant d’auteurs classiques que de créateurs plus contemporains, et des tentatives aussi, des performances artistiques et techniques qui mettent le festival en position d’avant-garde, parfois. En bref, un programme en trois dimensions qui, nous en sommes certains, trouvera forcément un écho en chaque spectateur.

Histoires, origines et transmissions

Sophocle, Sénèque, Eschyle… Ces noms que l’on découvre sur les bancs de l’école et qui figurent à jamais parmi les premiers auteurs de théâtre auront leur place, comme une évidence, dans ce Printemps des Comédiens 2022. Bien sûr on les voit d’un œil neuf, on interprète différemment leurs mots, mais après des siècles d’histoire, leur écho résonne encore et s’impose, sous le regard d’Éric Lacascade, de Georges Lavaudant ou du Grec Nikos Karathanos.

La Grèce, par ailleurs berceau de l’Europe et de nos sociétés, fait intrinsèquement partie de cette vaste dimension, de ce questionnement global sur nos origines et nos héritages. L’Europe a donc naturellement rendez-vous à Montpellier en ce printemps, à travers l’Espagne de Mariano Pensotti, la Lituanie de Łukasz Twarkowski ou l’Allemagne de Simon McBurney et Annabel Arden.

Par la nostalgie des uns et par la contemporanéité des autres, c’est un théâtre qui s’affranchit du temps et de l’espace qui sera proposé sur les scènes du festival. Et puis il y a un nom, au carrefour de tout cela, qui ne pouvait pas s’effacer en cette année qui lui est si spéciale…

Molière ou la question du symbole

On ne le dira jamais assez, bien qu’on l’ait déjà trop dit : Molière fête cette année ses 400 ans. Impossible donc, pour l’un des plus importants rendez-vous théâtraux de l’année, d’en faire abstraction. Les amateurs de Poquelin pourront trouver dans les cases du programme du festival une belle place faite au dramaturge.

Incontournable dans cette célébration, la troupe de la Comédie-Française jouera en plein air son Tartuffe inédit justement créé pour cet anniversaire. Sous la direction d’Ivo van Hove et accompagnés par la musique d’Alexandre Desplat, les comédiens jouent là une version oubliée de la célèbre pièce, la toute première présentée à la Cour avant de connaître la censure. Tartuffe, un personnage qui inspire aussi le Nouveau Théâtre Populaire pour proposer une véritable création-marathon de plus de six heures, associé à deux autres pièces de l’auteur : Dom Juan et Psyché. Ajoutez à cela une pièce radiophonique dirigée par Robert Cantarella et un concert baroque pour rappeler que la musique est indissociable de Molière, et vous obtiendrez une fête en bonne et due forme.

Mais plus que le symbole que représente aujourd’hui Molière, c’est avant tout l’artiste et l’homme de combat que veut ainsi mettre en avant Jean Varela. On ne naît pas idole et les artefacts ne font pas les êtres. S’intéresser à la personne même de Molière à travers son œuvre, voilà l’ambition de ce Printemps des Comédiens.

Faire aujourd’hui le théâtre de demain

Il est des époques qui donnent tant à réfléchir qu’elles en deviennent infertiles. Ce pourrait être le cas des années que nous vivons et qui s’étendent dans tous les sens. Mais si le spectacle vivant a un don, c’est celui de donner de la voix et du geste à chaque sensibilité. Certaines sont plus militantes quand d’autres sont dans la retenue, mais il est des sujets, des images et des sons qui doivent être montrés.

De tous temps, le théâtre a porté sur les planches une représentation, plus ou moins fidèle, de la société et de la période dans lesquelles il prenait vie. Impossible donc, impertinent aussi, de ne pas faire de ce Printemps des Comédiens un porte-voix pour les enjeux du monde que nous connaissons. La quête d’identité, le rapport aux autres et à son environnement, la projection vers des futurs incertains… Voilà des problématiques qui seront abordées, décortiquées et recousues dans cette troisième dimension du festival. Plus abstraite peut-être parce que plus vaste, mais plus percutante aussi dans le fond comme dans la forme.

Le Printemps des Comédiens 2022 se déroulera du 25 mai au 25 juin 2022 dans tout Montpellier. Le programme complet est à retrouver sur le site du festival.

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Par Peter Avondo Critique Spectacle vivant / Journaliste culture
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Issu du théâtre et du spectacle vivant, Peter Avondo collabore à la création du magazine Snobinart et se spécialise dans la critique de spectacle vivant. Il intègre en mars 2023 le Syndicat Professionnel de la Critique Théâtre Musique Danse. 06 22 65 94 17 / peter.avondo@snobinart.fr
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