« Je produis des fantômes de dessin, ou des images de dessin. Mon dessin n’est pas fait pour représenter le réel, il est là pour le corriger. » Point de recherche du réel chez Jean-Luc Verna. L’artiste veut trouver l’accident, une autre réalité, la sienne. Ses dessins, il les « machouille », les « altère », les « améliore » avec différents procédés. Dans ce monde parallèle qui foisonne sur les murs de la galerie, certains y trouveront l’ombre, d’autres la lumière. Les uns peuvent y voir l’amour, d’autres la mort. On peut trouver un sentiment dans une création un jour et y voir son opposé le lendemain. Ce sont des dessins qui ne sont pas figés dans le temps ou dans l’émotion, ils sont évolutifs et interagissent avec celui qui regarde.
Jean-Luc Verna scinde l’espace de la Galerie Ceysson & Bénétière en deux, « une salle, deux ambiances » comme il nous dit. L’artiste poursuit : « Une première ambiance qui ressemble plus ou moins à un fantasme de chambre d’étudiant ou une espèce de squat dans une version extrêmement propre et expurgée. C’est un moment où je challenge la vue du spectateur ou de la spectatrice pour voir si leur concentration résiste au brouhaha ou au parasitage des stickers ou des petites bêtises que j’ai collées sur le mur. »
La deuxième ambiance présente un travail plus récent, avec des dessins recouverts de voiles qui peuvent être noirs, de couleur ou nacrés. Le voile représente le vernis que les artistes passent sur leurs toiles avant de terminer une peinture : « Je rigole beaucoup du marché de l’art et de son 128 000e revival de la peinture. Au lieu d’être un dessinateur qui se met à la peinture, je parle de la peinture et j’en souris en faisant du dessin. » Parfois, le voile prend le pas sur le dessin, faisant disparaître le motif. Une nouvelle fois, les œuvres évoluent, mais cette fois par le trucage, le mouvement, la lumière… grâce à une sorte de magie originelle.
Il y a beaucoup de choses chez Jean-Luc Verna. On pense à l’art rupestre, à l’histoire de la peinture, au cinéma, à la culture pop ou rock… L’artiste parvient toujours à trouver la nuance dans l’excès : « Je m’amuse toujours à tresser l’histoire de l’art, l’histoire du rock, l’histoire de ma vie, pour dire des choses qui parlent de votre histoire, de vous finalement. Si vous ne venez pas retrouver des petits bouts de vous-même dans mes dessins, ça n’aurait pas d’intérêt, ce ne seraient que des images et ça ne serait pas de l’art. »
SOLOSHOW de Jean-Luc Verna
à la Galerie Ceysson & Bénétière (Paris)
Jusqu’au 16 mai 2026


