Paula Comitre et David Coria, temps forts du Festival Flamenco

Jusqu’au 20 janvier, la cité des Antonins résonne au rythme et aux sons du flamenco à travers la programmation du Théâtre de Nîmes. Cette semaine, deux temps forts ont fait vibrer les spectateurs : la première mondiale du spectacle après vous, madame de Paula Comitre, et la version finale de la création Los Bailes Robados de David Coria qui avait présenté une étape de son travail l’an dernier.

Peter Avondo
Peter Avondo  - Critique Spectacle vivant / Journaliste culture Théâtre de Nîmes
5 mn de lecture

Les claquements de talons et la ferveur des corps continuent de se répandre à Nîmes tandis que l’incontournable Festival Flamenco se poursuit. Au cœur d’une programmation qui fait la part belle à la tradition autant qu’à la création contemporaine, l’événement accueillait notamment deux artistes particulièrement marquants de cette édition 2024 : Paula Comitre et David Coria. Chacun dans un hommage vibrant, les deux chorégraphes ont ainsi marqué une journée de temps forts, respectivement à L’Odéon et dans la salle Bernadette Lafont. Retour sur deux spectacles très attendus de ce 34e opus du Festival Flamenco.

Après vous, madame de Paula Comitre

© Sandy Korzekwa

Dans une obscurité profonde se dessinent progressivement les lignes des mains qui se tordent et de la nuque portée droite, tandis que le rouge puissant de sa robe s’impose lentement dans la noirceur du plateau. Dos au public, elle fait face à une immense tombée de tissu, rouge lui aussi, dans laquelle elle semble se fondre. Dans un silence qui se veut absolu, chacun de ses mouvements se marque du bruit d’un froissement, d’un talon que l’on glisse ou que l’on fait claquer au sol. Paula Comitre est encore seule, bien que le public soit déjà avec elle, mais elle sera bientôt rejointe par son acolyte pianiste Orlando Bass.

Dès lors s’engage, entre la danseuse et l’instrumentiste, un duo particulièrement connecté, aux gestes de l’une, aux notes de l’autre. Ainsi se construit en crescendo une écriture que l’expérimentation n’effraie pas. Se répondant autant qu’ils se confrontent, les deux interprètes créent un espace de liberté où les cordes du piano servent de percussions, ou le flamenco le plus puissant se danse sur des musiques de ballet, dans un spectacle qui tire nettement vers l’organique.

C’est d’ailleurs l’image la plus forte, esthétiquement parlant, de cette création. Prenant appui sur l’œuvre textile conçue par Maria Alcaide – qui se poursuit jusque dans la robe de la danseuse –, Paula Comitre sert un spectacle presque viscéral en rendant hommage à La Argentina, danseuse emblématique de l’histoire artistique espagnole. Avec nuances de rythme et d’intensité, elle conçoit des images poétiques et énigmatiques, jouant de l’air qui vient gonfler les plis de sa robe et en moduler l’aspect. Ne sachant plus si elle se débat contre elle, si elle s’en accommode ou si elle s’en libère, elle arpente ainsi bien des états en écho à la vie et à l’œuvre du personnage à qui elle fait ici honneur.


Los Bailes Robados de David Coria

© Sandy Korzekwa

Chez David Coria aussi, il y a un travail d’une grande précision sur la manière dont les rythmes, les puissances, les interconnexions et les intentions se mettent en place. Et si une partie de Los Bailes Robados est également faite de duos entre un danseur et un soliste – musique comme chant –, c’est dans les tableaux de groupe que ce spectacle trouve toute sa force.

L’hommage rendu ne tient d’ailleurs pas à une seule personne, mais à un mouvement qui, à l’aube du XVIe siècle, a donné lieu à une forme de transe dansée défiant l’ordre établi. Donnant au titre de son spectacle – littéralement “les danses volées” – tout son sens, David Coria imagine une traversée, avec un début et une fin, au sein de laquelle il prend la liberté de chercher, de tenter, mais surtout de s’exprimer. Ici la dynamique des corps est particulièrement puissante, d’autant qu’ils s’expriment dans leur multiplicité avec une intention très marquée. Comme toujours en tension les unes avec les autres, la musique, la voix et la danse trouvent un équilibre solide qui emporte autant qu’il intrigue, dans une ferveur qui n’a aucun mal à gagner le public.

Comme souvent dans les spectacles inspirés du flamenco, les lumières apportent un relief réussi à l’ensemble. Mais dans Los Bailes Robados, la scénographie – bien que simple d’apparence –, parvient elle aussi à apporter une dimension esthétique originale qui donne une lecture presque ésotérique de la forme. Toujours est-il que, dans une recherche du mouvement de foule duquel il s’inspire, David Coria signe une chorégraphie efficace et magnétique qui n’a aucun mal à convaincre.

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Par Peter Avondo Critique Spectacle vivant / Journaliste culture
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Issu du théâtre et du spectacle vivant, Peter Avondo collabore à la création du magazine Snobinart et se spécialise dans la critique de spectacle vivant. Il intègre en mars 2023 le Syndicat Professionnel de la Critique Théâtre Musique Danse. 06 22 65 94 17 / peter.avondo@snobinart.fr
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