Marionnettes au Pont du Gard : Entretien avec Maud Paschal

Directrice du théâtre Le Périscope à Nîmes, Maud Paschal a lancé en 2021 les prémices d’un nouveau rendez-vous intitulé Escapade Marionnettes au Pont du Gard. La scène nîmoise, conventionnée pour les arts de la marionnette, propose cette année une nouvelle édition de l’événement. Conçu comme un festival, cet opus aura lieu du 12 au 14 mai 2023.

Peter Avondo
Peter Avondo  - Critique Spectacle vivant / Journaliste culture
8 mn de lecture

Ce n’est pas le premier rendez-vous que Le Périscope organise au Pont du Gard. Comment est né cet événement ?

Il est né du Covid, comme quoi il y a des choses bien qui naissent du Covid. C’était suite aux nombreuses annulations qu’on avait eues, aux empêchements des compagnies… J’étais dans l’impossibilité de tout reporter, je ne savais pas comment trouver un espace pour tous ceux qui étaient annulés. En septembre 2021, on avait besoin de permettre aux compagnies de retrouver le chemin des publics et de jouer, et au public aussi de retrouver doucement le chemin des spectacles. Je me suis dit que le mieux était peut-être de trouver un cadre un peu convivial, à la fois de découvertes, de rencontres, sans forcément rentrer dans une salle. À l’époque, les gens étaient encore inquiets, donc le mieux c’était un espace extérieur. C’est ça qu’on avait fait pour cette avant-première, qui était plus une intuition de contexte. On a eu des programmations presque exclusivement régionales.

A quoi le public doit-il s’attendre pour l’édition 2023 ?

Suite à cette édition, on s’est dit « il y a quelque chose qui se passe ». Le cadre est plutôt intéressant, il y a eu un moment vraiment fort avec le Pont du Gard, on s’est dit « est-ce qu’on recommencerait pas ? », et voilà… C’est une édition qui est plus en mode mini festival, du vendredi au dimanche. Je l’ai conçue en imaginant des temps un peu différents. Le vendredi après-midi, c’est plutôt pour les collégiens. Le vendredi soir, c’est sous la forme de la convivialité, de la découverte… Le samedi après-midi et le dimanche, c’est plus une adresse aux familles. Et le samedi soir, davantage pour les adultes, avec un temps de concert marionnettique qui fait la bascule pour lancer un temps plus festif. Le projet est conçu pour tous, avec des temps de programmation qui sont plus adaptés à certains publics. L’envie c’est d’une part comment proposer la question de la culture accessible à tous et à toutes, et d’autre part comment on accompagne, comment on présente la marionnette contemporaine d’aujourd’hui. Cette fois, l’enjeu n’était pas spécifiquement de montrer les projets de compagnies régionales, mais plutôt de montrer la diversité. J’ai puisé à la fois dans les compagnies régionales et dans les projets qu’on accompagne. Il y a le projet Couture(s), qui est une création qu’on a accompagnée et coproduite, Hamlet et nous de la compagnie Tac Tac qu’on va associer au long cours… Il y a à la fois des découvertes de compagnies qu’on coproduit et des projets nationaux et internationaux, puisqu’on va faire venir aussi des Bretons, des Québecois… L’idée c’était comment on revisite la tradition des marionnettes, et comment on explore aussi aujourd’hui toutes les facettes des arts de la marionnette, puisqu’on a à la fois du théâtre d’ombre, de la marionnette à fil géante, du théâtre d’objets… On est sur une tradition complètement revisitée.

Comment vous expliquez ce que sont les arts de la marionnette aux personnes qui n’y sont pas habituées ?

La plupart du temps, je ne leur explique pas, je leur dis de venir voir (rire). Les arts de la marionnette me font vibrer et sont, je pense, un objet et un outil, un média important, justement pour permettre à tous et à toutes de découvrir le spectacle vivant. D’une part, parce que c’est souvent un média qui est porté par les narrations visuelles, donc qui permet à des gens qui ne maîtrisent pas forcément une langue, qui n’ont pas forcément les codes de théâtre, de s’y retrouver. L’autre chose qui est hyper importante, c’est que c’est universel. D’où qu’on vienne, il y a toujours une culture qui est liée aux arts de la marionnette. Cela fait écho à quelque chose à la fois ancestral, culturel et patrimonial. Par ailleurs, aujourd’hui il y a vraiment un renouveau des arts de la marionnette. Depuis une vingtaine d’années, les arts de la marionnette rentrent dans le champ contemporain qui permet de montrer des nouvelles écritures, des écritures actuelles du spectacle. C’est ce que je trouve extrêmement riche, ce ferment à la fois patrimonial, culturel et comment on s’en saisit pour renouveler les écritures de théâtre avec un appui souvent très important de l’art plastique, de la charge visuelle du spectacle, qui permet justement l’accessibilité pour tous et toutes.

Dans l’inconscient collectif, la marionnette reste dédiée au jeune public. Est-ce que vous constatez un changement dans l’approche du public ?

Pour le moment, pas tout à fait. Pour des personnes habituées à aller au théâtre, évidemment. Mais pour le citoyen lambda qui ne se déplace pas régulièrement au théâtre, c’est encore un chantier. Pour montrer le chemin à parcourir, je le compare souvent avec ce qui s’est passé avec les arts du cirque. Ce qui se passe aujourd’hui avec les arts de la marionnette, c’est un peu ce qui s’est passé avec les arts du cirque il y a maintenant presque cinquante ans. Il y avait ce fameux cirque traditionnel avec les animaux qui arrivait avec le chapiteau dans les villages, et ce cirque contemporain qui le revisitait en se servant du patrimoine et en remettant ça dans le spectacle vivant. On s’en sert et on renouvelle les écritures. Et le cirque, il y a encore dix ans, c’était aussi un petit boulot, il fallait faire attention quand certains projets de cirque n’étaient pas du tout accessibles aux enfants, il fallait bien le préciser. Parce que d’instinct, il y avait écrit « Cirque » dans votre programmation, c’était les familles qui arrivaient. Maintenant je pense que c’est assez clair pour le cirque. Et ça va cheminer pour les arts de la marionnette, évidemment. De plus en plus, on voit aussi que des personnes qui ne sont pas issues des arts de la marionnette intègrent de la marionnette dans leurs pièces. Donc il y a plein de gens qui vont voir du théâtre d’art dramatique « classique » et d’un seul coup ils voient une marionnette qui traverse là, et ils se disent qu’en fait c’est un média comme un autre, que ça peut aussi nourrir l’écriture contemporaine.

Retrouvez toute la programmation et la billetterie sur le site du théâtre Le Périscope.

Recueilli par Peter Avondo

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Par Peter Avondo Critique Spectacle vivant / Journaliste culture
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Issu du théâtre et du spectacle vivant, Peter Avondo collabore à la création du magazine Snobinart et se spécialise dans la critique de spectacle vivant. Il intègre en mars 2023 le Syndicat Professionnel de la Critique Théâtre Musique Danse. 06 22 65 94 17 / peter.avondo@snobinart.fr
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