« Bienvenue ailleurs » d’Aurélie Namur, la parole à qui l’on tait

Au Théâtre du Grand Rond à Toulouse, la compagnie Les Nuits Claires présente Bienvenue ailleurs, créé en 2024 au Centre culturel d’Alénya. Dans cette pièce, l’autrice et metteuse en scène Aurélie Namur met en lumière le rapport de la jeunesse à sa propre radicalité.

Peter Avondo
Peter Avondo  - Critique Spectacle vivant / Journaliste culture
5 mn de lecture

Aux abords du théâtre, une jeunesse bouillonnante anime les rues, venue en nombre assister à une pièce qui promet, entre autres, de parler d’elle. En retraçant le parcours de Sara, de ses premières prises de conscience environnementales jusqu’à ses actions les plus radicales, Aurélie Namur cherche en effet à porter au plateau toute une génération de citoyens, celle qui place les actes avant les paroles. Sans jamais mettre en scène son personnage central, l’autrice passe pourtant par les récits de celles et ceux qui ont partagé, à un moment ou à un autre, la vie de Sara. Comme autant de témoignages-confessions, ces textes façonnent peu à peu Bienvenue ailleurs à la manière d’un portrait-type auquel on n’associe aucun visage.

Dès lors, ce semblant d’anonymat sert l’intention d’Aurélie Namur, qui entend interroger la notion de radicalité dans sa nature même. Puisant son écriture dans les résidences et les immersions, elle aborde sans les condamner des sujets pourtant tendancieux, par le prisme d’une parole parfois brute qui fait d’autant plus résonner sa dimension politique. Des ZAD au monde paysan, en passant par la rupture générationnelle qui joue les couperets entre Sara et sa mère, Bienvenue ailleurs se fait l’interprète, au plateau, des discours que l’on n’entend pas, dans une société qui encense la formule toute faite et s’applique à sanctionner la désobéissance.

© Léna Pécastaing

Car à travers le parcours de Sara, c’est bien de révolte qu’il est question, à ceci près qu’elle ne prend pas toujours la forme radicale qu’on veut bien lui prêter. Or pour passer outre les a priori d’un propos depuis longtemps biaisé, il convient de s’emparer des préjugés pour mieux les démonter. Ainsi la pièce se base-t-elle sur des règles socialement établies, avant de s’autoriser à les transgresser. Au fil des trois actes qui composent sa création, Aurélie Namur renoue de la sorte avec une approche politique qui s’inquiète de l’humain avant tout, une démarche qui se retrouve également dans sa pratique artistique.

Plaçant les jeunes générations au cœur de son projet, la metteuse en scène les implique concrètement dans Bienvenue ailleurs. Elle partage certes le plateau avec Pierre Bienaimé et Noémie Guille, récemment sortis de l’ENSAD de Montpellier, tout comme Mélanie Helfer qui prête sa voix à Sara. Mais la compagnie Les Nuits Claires travaille également en étroite collaboration avec les structures d’enseignement (collèges, lycées, conservatoires), à la faveur d’un interlude performatif qui offre à la jeunesse un espace d’expression, de liberté, de rage. Des partenariats qui, pour rappel, ont été rendu possibles grâce au dispositif Pass Culture.

© Léna Pécastaing

D’un tableau à l’autre, cette pièce ressort comme une réflexion autour de ce dont on décide de s’emparer ou non, des choix que l’on fait d’agir ou de laisser faire, quelles que soient nos raisons. Un choix qu’Aurélie Namur laisse également au public – qu’importe son niveau d’expérience – en développant une mise en scène qui entremêle les disciplines, parmi lesquelles la musique de Sergio Perera tient une place importante. Une chose est sûre, Bienvenue ailleurs aura prouvé que même face aux spectateurs les moins acquis, le théâtre finit toujours par opérer à condition de ne pas y renoncer.


Bienvenue ailleurs
Création 2024 Centre culturel de la ville d’Alénya
Vu au Théâtre du Grand Rond (Toulouse)

Texte et mise en scène : Aurélie Namur / Dramaturgie : Marion Stouffet / Collaboration artistique et assistanat à la mise en scène : Nicolas Pichot / Avec : Pierre Bienaimé*, Noémie Guille* Aurélie Namur et Mélanie Helfer* (voix off) / Aux percussions, vibraphone et lithophone : Sergio Perera / Scénographie, costumes : Daniel Fayet / Lumière : Claire Eloy / Décor sonore : Tony Bruneau, Sergio Perera et Pierre Bienaimé / Regard chorégraphique : Florence Bernad / Remerciements : Camille Grillères*, Renan Carteau, Emmanuel Valeur, Evelyne Torroglosa, Eliot Benoist, Julie Méjan, Adélaïde Héliot, Charlotte Daquet / *comédien.ne issu.e de l’ENSAD Montpellier.

13 au 15 mars 2025 : Théâtre du Grand Rond (Toulouse)

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Par Peter Avondo Critique Spectacle vivant / Journaliste culture
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Issu du théâtre et du spectacle vivant, Peter Avondo collabore à la création du magazine Snobinart et se spécialise dans la critique de spectacle vivant. Il intègre en mars 2023 le Syndicat Professionnel de la Critique Théâtre Musique Danse. 06 22 65 94 17 / peter.avondo@snobinart.fr
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