AVIGNON 2022 : « La Priapée des écrevisses » au théâtre du Chien qui fume

Thibault Loucheux-Legendre
Thibault Loucheux-Legendre  - Rédacteur en chef / Critique d'art
3 mn de lecture

« La Priapée des écrevisses » s’inspire de la vie d’un personnage controversé de la fin du XIXe et du début du XXIe siècle : Marguerite Steinheil. Cette « demi-mondaine » française était l’épouse du peintre Adolphe Steinheil et la maîtresse du président Félix Faure, mort dans ses bras. Son propre mari et sa mère sont étrangement assassinés en 1908 alors qu’elle était retrouvée elle-même ligotée et bâillonnée par son valet de chambre. Après ces deux affaires, elle a hérité du surnom de « la pompe funèbre ».

Lorsque la pièce débute, un journaliste souhaite lever le mystère sur ces deux affaires plusieurs années après leur déroulement. Il décide de partir à la rencontre de Marguerite Steinheil, dans la cuisine de son château britannique. Une entreprise peu aisée pour le journaliste qui ne doit pas faire la fine bouche tant son interlocutrice est bien plus occupée à la cuisine qu’aux questions qui lui sont posées. Au fur et à mesure de la pièce, Marguerite est loin d’être une crème et révèle son caractère à travers des témoignages dans lesquels il est difficile de savoir si c’est du lard ou du cochon. Bien que le journaliste pédale longtemps dans la semoule, il refuse d’être le dindon de la farce et insiste pour obtenir la vérité. Il décide d’appuyer sur le champignon mettant les pieds dans le plat sans y aller avec le dos de la cuillère à propos des casseroles que traîne son hôtesse.

« Le Priapée des écrevisses » est une pièce qui se déguste bien chaude. Portée par une Andréa Ferréol au sommet de son art, nous découvrons la vie d’un personnage peu connu qui a pourtant offert une existence excitante à l’histoire de notre pays. La présence de la comédienne et les thèmes de la nourriture, du sexe et de la mort nous font rapidement penser au film scandaleux de Marco Ferreri La Grande Bouffe (1973). Les trois comédiens se délectent à faire vivre le texte délicieux de Christian Siméon, et le public apprécie les 80 minutes de spectacle à leur juste valeur. Mention spéciale pour Pauline Phélix qui campe la gouvernante de Marguerite.

On rit, on s’amuse devant les mensonges et les mystères de cette histoire passionnée et passionnante que nous avalons d’une seule bouchée.

TEXTE
CHRISTIAN SIMEON
MISE EN SCENE
VINCENT MESSAGER
CHOREGRAPHIE
MADO CERVELLON
AVEC
ANDREA FERREOL, PAULINE PHELIX, VINCENT MESSAGER, ERWIN ZIRMI
REGISSEUR
THIERRY RAVILLARD
COSTUMIER
OLIVIER PETIGNY
MUSIQUES
CECILE GOUBERT

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Par Thibault Loucheux-Legendre Rédacteur en chef / Critique d'art
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Après avoir étudié l'histoire et le cinéma, Thibault Loucheux-Legendre a travaillé au sein de différentes rédactions avant de lancer Snobinart et de se spécialiser dans la critique d'art contemporain. Il est également l'auteur de plusieurs romans. 06 71 06 16 43 / thibault.loucheux@snobinart.fr
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