La peinture, une histoire éternelle

D'après certains connaisseurs, la peinture aurait disparu de la circulation artistique depuis plusieurs années, voire décennies... et pourtant ! Il semblerait que la peinture n'ait jamais cessé d'exister... C'est en tout cas le constat que nous faisons suite à l'engouement général autour de cette pratique. Partout sur le territoire, les musées et galeries s'empressent de sortir les toiles pour les exposer... au plus grand plaisir des visiteurs !

Thibault Loucheux-Legendre
Thibault Loucheux-Legendre  - Rédacteur en chef / Critique d'art
5 mn de lecture

Connaissez-vous le roman Térébenthine ? Dans cette autofiction de Carole Fives sortie lors de la rentrée littéraire de 2020, l’écrivaine fait un voyage dans le temps pour nous faire partager ses études à l’Ecole des Beaux Arts au début des années 2000. Venue pour y apprendre la peinture et le dessin, elle découvre que ces pratiques sont considérées comme désuètes et que la vidéo, les installations et autres nouvelles technologies règnent en maîtresses. Les quelques étudiants réfractaires aux pratiques « de leur temps » sont jugés par leurs camarades et leurs professeurs, tout en étant condamnés à peindre dans les sous-sols de l’école. Un roman qui parle de l’humiliation de ceux qui ont voulu pratiquer la peinture et que Marcel Duchamp appelait les « intoxiqués de la térébenthine ».

Ne tournons pas autour du pot, il est clair que la peinture n’avait pas le vent en poupe depuis un long moment… On peut même dire qu’elle était boudée par une partie du milieu artistique depuis des décennies. Has been ? Pourquoi ? Elle n’était pas à la mode ? Soyons sérieux… La peinture n’a pas vocation à être à la mode ou non. Elle est tout simplement. Pourquoi une pratique ou un médium devrait s’éclipser pour laisser la place aux autres ? Nous sommes peut-être candides, mais cette pensée nous paraît bien sectaire pour un milieu qui se dit ouvert et imaginatif. Loin de nous l’idée de souhaiter la disparition des installations et autres vidéos, mais pourquoi ne pas laisser quelques murs à la richesse picturale contemporaine ? La France était bien seule à ne plus s’intéressait à la peinture, laissant les pays étrangers (comme l’Allemagne) poursuivre une mise en avant de ces créations. Paris ayant laissé sa place de capitale artistique à New York, la ville lumière s’est certainement perdue dans une course à la nouveauté, rechignant à découvrir la contemporanéité des savoir-faire ancestraux. A l’aube du nouveau millénaire, le Centre Pompidou avait bien tenté une remise en lumière de la peinture avec son exposition Cher Peintre – Peinture figurative depuis l’ultime Picabia. Dix-sept artistes internationaux étaient invités à Beaubourg, tentant « de contextualiser le « retour » d’un certain type de peinture figurative qui a émergé au courant des années 90, en constituant un « socle historique », pour mieux situer cette dernière. » Si l’exposition n’avait pas eu l’effet escompté, elle avait au moins le mérite de s’armer de courage et d’engager une réflexion autour d’un retour à la figuration… 

Je me remémore de mes cours d’histoire de l’art à l’Université Vauban de Nîmes. Nous survolions les siècles, les courants, les artistes majeurs… Si des étudiants en licence d’Histoire ne sont pas tous passionnés par la discipline artistique, nous étions tous capables de nous mettre d’accord sur un fait : la peinture et la sculpture n’ont jamais cessé d’exister. La peinture a voyagé à travers les siècles comme l’un des principaux témoins de notre histoire. Elle a parfois même été actrice d’affrontements idéologiques, politiques, sociaux, esthétiques… un éternel débat entre les conservateurs contre les partisans d’une modernité. Les courants défilaient les uns après les autres comme un enrichissement de notre histoire commune. Chaque nouveau regard, chaque nouvelle technique faisait permettait de nouvelles créations, mais également de poser un nouveau regard sur les anciennes.

La jeunesse est porteuse d’espoir, et c’est elle qui est à l’origine de ce retour en force de la peinture. Avide de curiosité, elle s’est emparée de ce médium comme d’autres pratiques mises à l’écart (comme la céramique dont nous vous parlions l’été dernier dans notre numéro 7). Les écoles d’art se précipitent sur les fours et sortent les ateliers de peinture des sous-sols. 

Après la superbe exposition Immortelle au Mo.Co, une nouvelle exposition consacrée à la peinture et intitulée Voir en peinture sera présentée au Musée Estrine à Saint-Rémy-de-Provence.

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Par Thibault Loucheux-Legendre Rédacteur en chef / Critique d'art
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Après avoir étudié l'histoire et le cinéma, Thibault Loucheux-Legendre a travaillé au sein de différentes rédactions avant de lancer Snobinart et de se spécialiser dans la critique d'art contemporain. Il est également l'auteur de plusieurs romans. 06 71 06 16 43 / thibault.loucheux@snobinart.fr
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