Gianni Pettena, un anarchitecte au Crac

Jusqu’au 1er septembre, le CRAC consacre une exposition personnelle à Gianni Pettena. Celui qui se défini comme « anarchitecte » développe des créations autour de la contestation, de la radicalité, de l’humour... Des réalisations sans limites et immersives qui nous plongent dans l’univers troublant, extrême et absurde de l’artiste italien.

Thibault Loucheux-Legendre
Thibault Loucheux-Legendre  - Rédacteur en chef / Critique d'art
4 mn de lecture

Pour sa première exposition de 2024, le CRAC nous propose une expérience immersive dans l’univers de Gianni Pettena, créateur hybride jouant avec la construction et la déconstruction, avec l’architecture et l’anarchie, avec le corps et son environnement, l’absurde et l’engagement, les moyens d’expression et les médiums…

Gianni Pettena est né en 1940 à Bolzano. Son enfance dans la ville du Tyrol du Sud entourée par les montagnes du nord lui laisse des souvenirsimpérissables. Il définira ces paysages marquants comme « son école d’architecture ». Dans les années 1960, il est justement étudiant en architecture à l’Université de Florence. Durant cette décennie, il participe à renverser l’ordre établi en développant une architecture radicale parmi des collectifs tels que Archizoom, Superstudio, UFO… tout en conservant sa singularité et sa liberté comme nous l’explique la commissaire d’exposition Marie Cozette : « Les radicaux souhaitent revenir à une dimension plus archaïque de l’architecture et du design, au sens étymologique du terme qui renvoie à la notion de racines (radice en italien). Retour à la nature, critique d’une croissance à tout crin et du consumérisme aveugle, tel est l’état d’esprit dans lequel Gianni Pettena développe sa pratique artistique ». Il est certainement l’architecte qui a le moins bâti, se refusant de « tuer le paysage »et préférant réaliser des œuvres éphémères et fragiles. Ses pièces dialoguent avec l’environnement et sont teintées de sa grande liberté. Il ne se fixe aucune limite autant dans ses moyens d’expression (installation, performance, écriture, photographie, vidéo…) que dans les matériaux utilisés (papier, paille…).

Pour Gianni Pettena, l’architecture est avant tout une réflexion autour du corps. Comment le corps réagit- il à son environnement ? Gianni Pettena s’amuse à nous placer dans des situations inconfortables, rendant l’expérience de la visite à la fois troublante et récréative. Les larges espaces du CRAC permettent l’installation de ces œuvres immersives qui y trouvent parfaitement leur place. On pense à Archipensiero, dans cette deuxième salle entièrement recouverte de raphia. Un humour qui place le visiteur dans des situations absurdes, comme cette œuvre iconique intitulée Paper qui l’oblige à se baisser sous des bandes de papier accrochées au plafond et se frayer un chemin en découpant les bandelettes à l’aide de ciseaux. Ces œuvres nous interrogent sur la notion d’espace, certaines salles étant presque vides, d’autres pleines… Comment trouver sa place ?

Paper (1971-2024) de Gianni Pettena. Photo : Thibault Loucheux-Legendre – Snobinart

D’un côté, les œuvres de Gianni Pettena sont ludiques et drôles, de l’autre engagées en amenant une réflexion profonde autour de la place de l’humain et de ses constructions : « Figure inclassable, Gianni Pettena fait en sorte d’échapper aux catégories et choisit de faire de l’architecture sans architecture, explorant le champ élargi de l’art et de la théorie critique. Entre arts visuels, performance, enseignement, écriture, il ne cesse d’interroger les fondements de l’architecture tout en remettant en question l’ordre établi, le fonctionnalisme, les logiques capitalistes et consuméristes qui sont à l’œuvre dans la société et plus spécifiquement dans la manière de concevoir une ville aujourd’hui ».

Gianni Pettena est un artiste rare, inclassable, que peu de Français connaissent. L’exposition Anarchitecture nous offre la mise en lumière de l’œuvre d’un octogénaire dont les créations sont plus que jamais d’actualité.

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Par Thibault Loucheux-Legendre Rédacteur en chef / Critique d'art
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Après avoir étudié l'histoire et le cinéma, Thibault Loucheux-Legendre a travaillé au sein de différentes rédactions avant de lancer Snobinart et de se spécialiser dans la critique d'art contemporain. Il est également l'auteur de plusieurs romans. 06 71 06 16 43 / thibault.loucheux@snobinart.fr
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