Djamel Tatah : « Vous ne peignez jamais seul. »

Thibault Loucheux-Legendre
Thibault Loucheux-Legendre  - Rédacteur en chef / Critique d'art
4 mn de lecture

Vous présentez votre exposition personnelle dans l’un des plus grands musées de France (le Musée Fabre), qu’est-ce que vous éprouvez ?

Je suis très heureux et je trouve ça vraiment gracieux.

Votre exposition s’intitule « Le théâtre du silence », deux mots qui sont lourds de sens, est-ce que vous pouvez nous expliquer ce titre ?

C’est un titre qui est né de la réflexion des commissaires d’exposition qui, en analysant mon travail, ont trouvé ce titre. Mettre au centre du projet la théâtralité, avec une scénographie épurée, les œuvres qui dialoguent entre elles. Ce titre fait écho à une compagnie de danse contemporaine des années 1970 qui s’était appelée ainsi en mettant en avant la théâtralité du silence au cœur de son travail chorégraphique.


Votre parcours a été rythmé par un univers multiréférencé, est-ce que vous pouvez nous parler un peu de vos influences ?

La pratique de la peinture est une chose et la pratique de la référence c’est la même chose. Vous ne peignez jamais seul, vous apprenez toujours des autres. Quand vous aimez l’art et que vous voulez faire de l’art, la moindre des choses c’est de regarder les autres… et quand on regarde les autres on pratique la référence. Elle rentre naturellement, c’est pas une stratégie, c’est une pratique. Il y a des choses fortes qui entrent en vous et que vous ressortez quand vous pratiquez vous-même la peinture. Ce sont des découvertes qui tracent des chemins. Basquiat a eu une grande importance pour moi lorsque j’étais étudiant. Il y en a d’autres comme le cinéaste Antonioni, les photographes August Sanders et Walker Evans, mais aussi la sculpture africaine, l’enluminure japonaise… Tout est actif quand on travaille.

Pouvez-vous nous décrire votre processus de création ?

Ce sont trois actions en fait. Le processus c’est d’abord tendre une toile, puis la préparer pour qu’elle puisse recevoir une peinture. Ensuite il faut préparer un dessin qui lui-même est organisé à partir d’une banque d’images que j’ai sur mon ordinateur et que je collecte depuis des années. Je vais chercher dans ces images celles qui correspondent à l’idée que j’ai envie de peindre sur le moment et je réalise une dizaine ou une quinzaine de dessins à l’ordinateur avec une palette graphique. Ensuite je projète sur la toile qui est prête à recevoir la peinture.

Photo : Thibault Loucheux / Snobinart

Lorsqu’on regarde vos toiles il se dégage une mélancolie, une tristesse très contemporaine. Retranscrire une certaine vision de notre époque, cela vous intéresse ?

Oui puisqu’elle est là. Elle est inhérente à moi-même puisque j’appartiens à mon époque, donc je parle de mon époque.

Quelle est l’importance de la couleur dans votre travail ?

Elle est fondamentale. C’est la peinture la couleur. Elle est fondamentale et faite de manière totalement empirique, c’est-à-dire que je ne sais jamais au moment où je commence un tableau de quelle couleur il va être à la fin. Ce choix final dépend d’une ambiance.

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Par Thibault Loucheux-Legendre Rédacteur en chef / Critique d'art
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Après avoir étudié l'histoire et le cinéma, Thibault Loucheux-Legendre a travaillé au sein de différentes rédactions avant de lancer Snobinart et de se spécialiser dans la critique d'art contemporain. Il est également l'auteur de plusieurs romans. 06 71 06 16 43 / thibault.loucheux@snobinart.fr
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