Culture Spectacle vivant

« Under bright light », sous la lumière vive de l’absurde britannique

"Under bright light", sous la lumière vive de l’absurde britannique
© Hugo Glendinning
Compagnie venue du Royaume-Uni invitée par le Théâtre La Vignette, Forced Entertainment a présenté cette semaine le spectacle Under bright light (littéralement Sous une lumière vive). Une pièce sans parole qui révèle pourtant tout l’absurde de nos sociétés modernes avec une certaine allure de cartoon

Un grand carré de moquette d’un vert criard recouvre le plateau. Au fond, des cloisons sans âme, comme celles que l’on retrouve dans n’importe quel bureau du monde moderne, tiennent lieu de fond de scène. Des chaises, tables de réunion, escabeaux et cartons sont disposés çà et là sous une froide lumière. D’un coup, la salle s’assombrit, un bruit mécanique agresse nos oreilles et six ouvriers en bleu de travail entrent, la démarche assurée, chacun filant vers son propre objectif.

Avez-vous déjà eu la sensation que ce que vous faisiez ne servait à rien, parce que vos efforts finiraient toujours par être anéantis par quelqu’un d’autre ? Voilà en une phrase ce qui pourrait résumer Under bright light. Les six acteurs et actrices qui s’affairent sur scène ne cessent de déplacer, de transporter, d’entreposer ces objets qui encombrent le plateau. D’abord avec un semblant d’organisation, mais peu à peu une forme d’anarchie prend le dessus, à la faveur de l’individualisme ou tout simplement de l’abandon, de la lassitude de certains.

Tout faire, défaire, refaire en boucle, assourdis par une musique entêtante et aussi répétitive que nos gestes. Au point qu’on en oublie ce que l’on doit faire, et même jusqu’à ce qu’on est en train de faire. Nous habitons un monde dans lequel nous nous croisons presque sans interagir, et au sein duquel nous contribuons à l’absurde.

Pendant plus d’une heure, les comédiens s’adonnent à un ballet du libéralisme et de l’obéissance programmée. Un temps muet et abrutissant que l’on pourrait trouver terriblement long. Pourtant on ne peut pas s’ennuyer devant Under bright light. Il s’y passe toujours quelque chose qui maintient notre attention en éveil.


Un geste ou un regard change, une démarche est modifiée, une mimique apparaît, un son change de tonalité ou de rythme, une lumière évolue… Ce son et cette lumière contribuent eux aussi à filer la métaphore d’une société qui se conforme peu à peu à un système qui la dépasse. Rien ne semble changer véritablement, pourtant tout change imperceptiblement.

La mise en scène crée une attente forte chez les spectateurs. Puisque ces six personnes s’acharnent autant à déplacer ces affaires, il doit forcément naître quelque chose de cet effort. Mais tout a un début et une fin, sauf ce qui n’en a pas. Les personnages s’évertuent jusqu’au point de rupture, jusqu’au craquage… jusqu’au burnout ?

Dans Under bright light, la répétition n’a rien de comique, ou assez peu à vrai dire. Forced Entertainment nous apporte bien sûr le flegme et l’humour à la britannique que l’on affectionne tant. Mais cette pièce nous offre surtout de l’absurde dans sa définition la plus théâtrale. De l’absurde, comme nous en avions chez un certain Beckett, dont ce spectacle nous rappelle de loin la pièce télévisée Quad qui chorégraphiait au millimètre les déplacements et gestes de quatre personnages.

Et que le public ne s’y trompe pas, l’impression de désorganisation que l’on garde en sortie de salle n’est qu’apparente. La partition dans Under bright light est réglée au cordeau. Aucun geste n’y est gratuit, tout sert finalement la réalisation d’ensemble, quel que soit son terme…

MISE EN SCENE
TIM ETCHELLS, FORCED ENTERTAINMENT
CONCEPTION
ROBIN ARTHUR, JERRY KILLICK, RICHARD LOWDON, CLAIRE MARSHALL, CATHY NADEN, TERRY O’CONNOR
INTERPRETATION
NICKI HOBDAY, JERRY KILLICK, RICHARD LOWDON, CLAIRE MARSHALL, CATHY NADEN, TERRY O’CONNOR
AIDE A LA CREATION
NICKI HOBDAY
LUMIERES
NIGEL EDWARDS
COMPOSITION MUSICALE
GRAEME MILLER
DESIGN
RICHARD LOWDON
DIRECTION TECHNIQUE
ALEX FERNANDES


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