Culture Spectacle vivant

Olivier Martin-Salvan porte la voix des auteurs marginaux

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© Martin Argyroglo
Présentée il y a quelques jours au Théâtre Molière de Sète et jusqu'à ce soir au Théâtre Jean Vilar de Montpellier, Jacqueline résulte d'un pari fou : celui de porter sur scène des écrits bruts d'auteurs inconnus et marginaux.

Jacqueline tient-elle davantage de la pièce de théâtre ou de la performance ? Dans les deux cas, Olivier Martin-Salvan y met une énergie toute particulière et vit ces textes comme s’ils sortaient simplement de lui, là, maintenant. Aux côtés du percussionniste Philippe Foch, que nous avions déjà rencontré sur scène avec le danseur Volmir Cordeiro, le comédien donne à l’art brut, souvent visible uniquement dans les musées et collections, l’occasion de se défendre comme spectacle vivant.

Ces écrits, issus de la collection d’Art brut de Lausanne, ont été rédigés par des auteurs inconnus et marginaux, pour qui l’absence d’éducation artistique est synonyme de grande liberté de création. Ces artistes étonnants ont donné naissance à des textes qui tiennent autant de l’appel à l’aide que de l’évasion de l’esprit, que l’on imagine aisément contraint, frustré et souffrant. À travers cette expression dite brute, Olivier Martin-Salvan est donc Jacqueline, un personnage auquel il donne vie avec tant de ferveur qu’il en viendrait presque à inverser les rôles ; à faire de Jacqueline la norme et des spectateurs les marginaux.

Tout est brut dans ce spectacle. Le plateau, les décors, les lumières, les sons de Philippe Foch, les textes… Tout est brut, sauf peut-être Jacqueline. Jacqueline et ses innombrables frusques, fantômes ou masques des personnages qui l’habitent. Ces vêtements variés en tailles, en couleurs et en matières, apportent une douceur enfantine à cet univers d’adultes torturés. Et cet amas de fringues dévoile le sens même de la pièce : faire de ces éléments disparates un ensemble cohérent dont on se pare et qui nous protège, qui nous cache aussi.

Et si, lorsque les lumières s’éteignent pour que la pièce commence, nous entrions sans le savoir dans l’esprit de Jacqueline ? Si ce plateau, habité par des voix qui cherchent la sortie et par des sons incessants, n’était rien d’autre que l’écrin de ses pensées ? C’est en tout cas un espace dans lequel elle évolue en pleine liberté. Elle y modèle les lumières et comble les vides. Seule semble être indomptable cette musique, ce bruit sans fin qu’elle ne contrôle pas mais avec lequel elle compose.

Le défi est de taille pour Olivier Martin-Salvan dans cette proposition. Mais il est indubitablement celui qui peut porter ce personnage avec autant d’énergie et de naturel. Il trouve là un équilibre fragile mais tenace entre les mots des autres et sa propre voix. Nominé à quatre reprises aux Molières 2022 pour sa pièce Les Gros patinent bien, nul doute qu’il parviendra à porter haut et loin ces auteurs marginaux qui trouvent une résonnance nouvelle sur les scènes francophones.

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