Culture Spectacle vivant

L’innocente sensibilité de Laetitia Casta dans “Clara Haskil”

Laetitia Casta dans Clara Haskil Theatre Jacques Coeur Lattes Opéra Grand Avignon
Laetitia Casta dans Clara Haskil
© Edouard Elias
Créée au Théâtre Jacques Cœur de Lattes, la pièce Clara Haskil, prélude et fugue avec Laetitia Casta a rencontré le public pour la première fois ce mardi 19 octobre 2021.

Il est des talents qui se découvrent dès le plus jeune âge, comme ce fut le cas pour la pianiste Clara Haskil, dont l’enfance, la jeunesse et la construction en tant qu’artiste sont racontées dans cette pièce de l’intime. Tour à tour tourmentée, malmenée et en proie aux doutes face à ses échecs, la musicienne roumaine née en 1895 trouve sous la plume de Serge Kribus un rayonnement soudain, porté par le corps et les voix de Laetitia Casta.

Les voix, au pluriel. Car si cette pièce met en scène tous les personnages qui ont croisé la vie de la talentueuse pianiste, tous prennent corps dans le jeu et l’esprit de la comédienne, presque seule, fragile, sensible face à un public happé par la volonté et la détermination de Clara Haskil. Pourtant, dès le commencement, on ne peut être que dubitatif face à cette adulte qui copie les mimiques et l’expression d’une enfant. Mais sous la direction du metteur en scène Safy Nebbou, Laetitia Casta parvient ainsi à créer un attachement certain à cette jeune fille, que l’on se plaît à suivre dans son évolution personnelle et professionnelle.

L’évolution, là est précisément la clé. Clara Haskil, prélude et fugue n’a rien d’une tranche de vie. C’est la vie elle-même, de la presque naissance à la déperdition. Bien sûr, on passera parfois par des ellipses – par ailleurs bienvenues – pour ne pas s’attarder sur des détails peu pertinents. On évitera notamment la redondance de la mort et celle de la guerre, malgré leur évidente présence, pour se concentrer sur la protagoniste qui a tant à dire, tant à penser, tant à jouer.

Parce que la musique est essentielle à la vie de l’artiste, elle prend une place prépondérante dans cette création. Sous les mains la pianiste Isil Bengi, les notes emportent les émotions, les sentiments et les rêveries, jusqu’à jouer un rôle à part entière, comme un spectacle dans le spectacle. Une atmosphère particulière se tisse ainsi, entre une innocente sensibilité et le caractère fort que Clara se forge au fil de sa carrière.

Il faut dire que la scénographie de Cyril Gomez-Mathieu et les lumières d’Eric Soyer offrent à l’ensemble une dimension supplémentaire qui contribue au voyage intime qui se joue. Dans un espace brut sobrement délimité par de grande toiles de tissu, le spectateur est invité à pénétrer l’esprit torturé de la pianiste virtuose, dans lequel tous les souvenirs prennent vie comme des volutes de fumée qui s’évaporent aussitôt. Pour seuls décors, ces trois pianos qui à leur tour manifestent l’évolution artistique et intime de Clara Haskil, et ces lumières qui apportent un relief primordial à chaque envolée de chaque personnage.

Voilà sans doute une sortie de résidence réussie pour le Théâtre Jacques Cœur de Lattes, qui accueillera une dernière représentation de Clara Haskil, prélude et fugue ce mercredi 20 octobre. La pièce partira ensuite en tournée, elle sera notamment jouée le 24 novembre à l’Opéra Grand Avignon et le 9 décembre sur la Scène de Bayssan à Béziers.

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