Les secrets de Karl Lagerfeld

Thibault Loucheux-Legendre
Thibault Loucheux-Legendre  - Rédacteur en chef / Critique d'art
4 mn de lecture


Raphaëlle Bacqué, journaliste au journal Le Monde, vient de sortir un ouvrage sur l’un des plus grands créateurs de mode de l’histoire: Kaiser Karl (Editions Albin Michel).

Lorsque Karl Lagerfeld s’est éteint il y a un peu plus de quatre mois, les langues ont commencé à se délier. C’est pour cette raison que Raphaelle Bacqué s’est intéressée à la vie et au souvenir qu’à laissé Lagerfeld. Il fallait rencontrer les hommes et les femmes qui l’ont côtoyé, les interroger, faire le tri alors que Karl n’a eu de cesse de brouiller les pistes de son existence. Créateur génial ? Bien sur, mais pas que…

C’est l’histoire d’une vie… Et la vie, c’est la création. Lagerfeld n’a eu de cesse de créer, sans relâche, depuis son plus jeune âge. Enfant, il est souvent seul, s’habille différemment et créer déjà son imaginaire à travers le dessin, ses lectures et les tableaux.

Au début de sa vie d’adulte, Lagerfeld fuit l’Allemagne pour rejoindre Paris. Il n’apprécie que trop peu la province, il lui faut la capitale française. C’est ici qu’il commence à créer son image, notamment cet accent qui deviendra légendaire. Lors d’un séjour en Allemagne, il assiste a un défilé signé Christian Dior. C’est la révélation.

Il rencontre son rival de toujours en 1954 lors d’un concours du Secrétariat international de la laine: Yves Saint-Laurent. Ce dernier n’a que 18 ans, mais remporte le premier prix de la catégorie « robe du soir », alors que Lagerfeld est premier de la catégorie « manteaux ». Les deux jeunes créateurs deviennent amis, mais peut-on vraiment avoir des amis dans ce milieu?

Saint-Laurent devient le plus jeune et talentueux créateur de mode d’abord chez Dior, puis en créant sa propre marque YSL. Il devient LE génie de la mode, alors que Lagerfeld est freelance avant l’heure, travaillant pour différentes maisons. Même s’il acquiert une bonne réputation dans le milieu de la mode, ses débuts sont moins éclatants.

Un homme va sceller cette rivalité à jamais: Jacques de Bascher. Lagerfeld tombe sous le charme de ce jeune dandy avec une gueule d’ange qui se brûle les ailes. Il l’entretient, lui passe tout et s’amuse de ses discours. De Bascher dilapide son « argent de poche » au Café de Flore et au Sept. Comme Lagerfeld, Saint-Laurent fond devant de Bascher et devient son amant. Ils boivent, se droguent, font la fête… Ils sont trois dandys, pour le triangle amoureux le plus mythique de l’histoire de la mode. Raphaëlle Bacqué décrit cette époque d’inconscience où le seul problème des créateurs était de savoir où ils vont dîner le soir.

Sous la pression de Pierre Berger, de Bascher arrête sa relation avec Saint-Laurent qui tombe en dépression. Il retourne sous les jupons de Karl, continue de sortir avant que le balancier de la vie change de côté. Le sida fait son apparition, et comme de nombreuses connaissances de Karl, de Bacher succombe à l’épidémie en même temps que les grandes fêtes des années 1970-80.

Dans les années 1980, il devient créateur chez Chanel alors que la maison Saint-Laurent bat de l’aile. Il commence a gagner la guerre.

A partir des années 1990, « mode » et « argent » sont indissociables. Beaucoup regrettent, Karl ne regarde pas en arrière, il déteste ça et c’est sa grande force. Il adapte son look à l’époque, regarde les jeunes sans les juger. Jusqu’au bout, il n’a cessé d’admirer et de créer son époque.

Raphaëlle Bacqué nous offre ici une biographie passionnante et complète, qui ravira les admirateurs de Karl Lagerfeld.

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Par Thibault Loucheux-Legendre Rédacteur en chef / Critique d'art
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Après avoir étudié l'histoire et le cinéma, Thibault Loucheux-Legendre a travaillé au sein de différentes rédactions avant de lancer Snobinart et de se spécialiser dans la critique d'art contemporain. Il est également l'auteur de plusieurs romans. 06 71 06 16 43 / thibault.loucheux@snobinart.fr
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