Si le musée du verre est situé dans le Nord, ce n’est pas par hasard. La terre qui compose le sol de la région est riche en silex, chaux et sable, autant de minéraux nécessaires à la fabrication du verre. Si son âge d’or industriel est aujourd’hui révolu, il s’y érige désormais un musée, faisant aussi bien la part belle à l’histoire de son territoire qu’à la création de demain.
Pour s’ouvrir vers son avenir, l’équipe du MusVerre a choisi, pour cet anniversaire, de nous emporter dans une bulle de poésie onirique, où le verre devient la matière première du rêve.
Le merveilleux, le fantastique, ne serait-ce pas un peu trop naïf ? Détrompez-vous ! Ici, le projet d’exposition repose bien sur la nécessité que nous avons tous de nous évader, de nous émerveiller pour survivre à une réalité trop hostile. La directrice, Laetitia Messager, évoque d’ailleurs l’actualité géopolitique tendue et assume fièrement d’emmener ses publics prendre une respiration magnifique à travers le prisme du verre, avec pour objectif principal d’« enchanter et réenchanter le parcours de nos visiteurs ».
Dès l’entrée de l’exposition, on nous annonce la majesté de ce qui va suivre, avec l’œuvre Enchantée, toute aérienne et transparente de l’artiste Mathilde Lusso, qui nous emporte dans deux vagues fines qui s’entremêlent, comme une rencontre.
Puis plongés dans la pénombre, nous basculons de l’autre côté du réel, happés tour à tour par les curiosités sculptées, moulées, assemblées dans cette matière des merveilles. Dans ce dédale d’histoires peuplé de chimères, un écho à Alice in Wonderland se fait sentir, notamment dans l’œuvre de l’artiste tchèque Dana Zámečníková, qui a profondément nourri la narration de l’exposition, comme un point de départ autour d’un nouveau récit du verre.
Dans cette déambulation, on retrouve des œuvres emblématiques, comme la Montre Molle de Salvador Dali de la Collection Daum, inspirée par son chef d’œuvre La persistance de la mémoire, 1931, mais aussi des propositions plus contemporaines qui cohabitent avec une approche design à l’image du duo de verriers Sacha Delabre et Axelle Mary dans cette étonnante tablée composée d’un immense chandelier de verre, dans l’installation Diner.
Et si vos yeux s’arrêtent sur ce curieux Nid de licornes, de l’artiste Julie Legrand – réalisé en verre filé et soufflé au chalumeau – ne soyez pas surpris, car c’est bien la poésie du fantastique qui donne le ton de tout le parcours.
Dans ce dédale, les quatre thèmes de l’exposition – la fabrique des histoires, le pays des merveilles, l’inquiétante étrangeté et l’utopie – permettent aux visiteurs de s’immerger dans ces mythes et récits imaginaires qui nous transportent dans une autre réalité, dépassant nos imaginations.
Décomplexée et accessible, l’exposition tient sa promesse d’émerveillement en nous faisant, l’espace d’un instant, oublier le réel.
Enchanté, la fabrique des histoires
MusVerre Sars-Poterie (59)
Jusqu’au 4 janvier 2027


