Plongée dans la forêt de Pierre-Luc Poujol

Si parfois les œuvres vont à l’extérieur, il arrive également que la nature prenne place dans l’enceinte des musées. C’est le cas au Musée Paul Valéry à l’occasion de l’exposition de Pierre-Luc Poujol à découvrir jusqu’au 26 mai. Intitulée "Arborescences", cette monographie nous montre comment l’arbre peut nous plonger dans l’imaginaire de l’artiste.

Thibault Loucheux-Legendre
Thibault Loucheux-Legendre  - Rédacteur en chef / Critique d'art Musée Paul Valéry
4 mn de lecture

Et soudain, le Musée Paul Valéry se transforma en forêt ! On se croirait dans un conte… et pourtant… nous sommes bien dans un musée !

Ce n’est pas la première fois que Pierre-Luc Poujol expose au Musée Paul Valéry. Le peintre avait déjà présenté son travail en 2020 après un voyage à Giverny. En Normandie, il avait réinterprété le thème des nymphéas dans les jardins de Claude Monet.

Depuis le début de sa carrière, Pierre-Luc Poujol est un passionné des arbres. Nous pourrions presque dire un obsessionnel. Disons-le. Le tronc… Les branches… Les écorces… L’artiste est entouré par les éléments de ces puissants végétaux dans son atelier à Saint-Gély- du-Fesc. Il entretient un rapport physique entre l’art et la nature, touchant les arbres dressés, alors que ses toiles sont posées au sol lorsqu’il peint, à la manière de Pollock, l’une de ses grandes références avec les autres peintres de l’abstraction lyrique américaine.

On peut comprendre la fascination de l’artiste pour les arbres. Ces derniers représentent la force et sont pourtant aujourd’hui menacés. Loin de nous l’idée d’imaginer l’artiste en donneur de leçons, d’autant qu’il ne se considère pas lui même comme un artiste engagé. Mais cette exposition nous permet de porter un regard nouveau sur des éléments de la nature que nous avons peut-être classés chacun d’entre nous dans la case du commun plutôt que dans celle de l’admiration. Pourtant, l’arbre a toujours nourri notre imaginaire et celui des plus grands créateurs. C’est le chêne de Jupiter, de Saint Louis ou de la Fontaine, L’Arbre de vie de Klimt, les Ents de Tolkien, le Saule cogneur de Harry Potter… N’est-ce pas au pied d’un arbre qu’Alice arrive au Pays des Merveilles ? Des branches aux racines, l’arbre détient une forte charge symbolique dans beaucoup de cultures.

« N°528 Série l’Appel de la forêt » (2022) de Pierre-Luc Poujol – Photo : Thibault Loucheux-Legendre – Snobinart

L’exposition Arborescences regroupe un ensemble de plus de soixante-dix peintures et sculptures en bois. L’accrochage, particulièrement réussi, nous invite à une balade en forêt, comme une méditation. Dans une des salles, les arbres ne jaillissent pas de terre, mais du ciel (du plafond), nous invitant à nous frayer un chemin entre les troncs noirs et blancs. Pourtant, le plus captivant dans les œuvres de Pierre-Luc Poujol reste incontestablement le geste et les couleurs. Que les toiles soient monumentales, sobres ou foisonnantes, l’association des lignes avec les nuances chromatiques offre une expérience unique à celui qui regarde. La puissance des verts, des rouges, des bleus sont sublimés par la verticalité du sujet. Il découle de la force des troncs et de la fragilité des branches associés aux couleurs une grande poésie. Certains arbres semblent saigner, d’autres guérir… À moins que çe ne soit la toile elle même qui vit, s’épanouie, fleurie, souffre… avant de renaître de ses cendres. Une arborescence comme une renaissance qui se déroule sous nos yeux.

Également dans : Snobinart N°18
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Par Thibault Loucheux-Legendre Rédacteur en chef / Critique d'art
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Après avoir étudié l'histoire et le cinéma, Thibault Loucheux-Legendre a travaillé au sein de différentes rédactions avant de lancer Snobinart et de se spécialiser dans la critique d'art contemporain. Il est également l'auteur de plusieurs romans. 06 71 06 16 43 / thibault.loucheux@snobinart.fr
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