Quand l’union fait l’art au Mucem

Thibault Loucheux-Legendre
Thibault Loucheux-Legendre  - Rédacteur en chef / Critique d'art
3 mn de lecture

Alors que nous connaissons une période trouble durant laquelle l’individualisme pourrait être perçu comme une solution de facilité, le Mucem de Marseille prend le contrepied de l’égoïsme et des ambitions personnelles en faisant la part belle au collectif ! Quand nous disons « collectif », il ne faut pas y entendre « collectif d’artistes » ! Les commissaires d’exposition Jean-Jacques Lebel et Blandine Chavanne ont souhaité écarter du projet les artistes travaillant ensemble de façon permanente pour se concentrer sur les amitiés et rencontres qui font naître une oeuvre. Au moment où la glorification personnelle et la valorisation individuelle règnent en maîtresses, cette exposition a d’emblée une saveur collégiale non négligeable.

Ils s’appellent Robert Combas, Yves Klein, Arman, Bertrand Lavier, Joseph Beuys, René Clair, Francis Picabia, Christian Boltanski, Gilles Deleuze… Ces noms qui pourraient se suffire à eux-mêmes… et pourtant… ils ont tous souhaité explorer la collaboration artistique. C’était une manière pour eux de sortir de leur zone de confort et ainsi découvrir de nouvelles formes. Blandine Chavanne nous explique : « Ces œuvres collaboratives nous enseignent souvent que 1 + 1 font 3 : car l’alliance et la confrontation de deux personnalités vont créer une troisième entité, et cette dynamique va donc nous permettre de renouveler notre regard sur des œuvres d’artistes que l’on croyait connaître mais qu’on ne percevait qu’avec difficulté. »

« Beuys Vox » de Joseph Beuys et Nam June Paik – Photo : Thibault LOUCHEUX / Snobinart

En partant de l’Album Zutique (réunion de Arthur Rimbaud, Paul Verlaine, Charles Cros, Germain Nouveau et André Gill autour d’un projet poétique) que les commissaires considèrent comme « une des premières et des plus importantes œuvres collectives annonciatrices de l’esprit moderne en Europe », l’exposition nous fait voyager à travers le temps et les genres grâce aux productions collectives et expérimentales de leurs créateurs. Car la grande force de l’exposition réside dans son originalité. A travers les cinq sections (les cadavres exquis surréalistes, les engagements politiques, les preuves de l’amitié, les événements, le rire et l’obscénité), nous découvrons des oeuvres qui se situent dans un entre-deux, difficilement montrables mais incontestablement délectables. Chacune des cent-dix-sept pièces de l’exposition est le fruit d’une rencontre entre deux univers, une hybridation des esprits les plus créatifs de leurs générations (artistes, philosophes, musiciens, poètes, cinéastes, plasticiens…). En réalisant ces oeuvres marginales, leurs créateurs souhaitaient également mettre en jeu et en question l’échelle des « valeurs marchandes » et les codes esthétiques dominants.

Ne tardez pas à découvrir « Amitiés, créativité collective », l’exposition se termine le 13 février.


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Par Thibault Loucheux-Legendre Rédacteur en chef / Critique d'art
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Après avoir étudié l'histoire et le cinéma, Thibault Loucheux-Legendre a travaillé au sein de différentes rédactions avant de lancer Snobinart et de se spécialiser dans la critique d'art contemporain. Il est également l'auteur de plusieurs romans. 06 71 06 16 43 / thibault.loucheux@snobinart.fr
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