Culture Entretien Spectacle vivant

Théâtre Christian Liger à Nîmes : entretien avec Stéphanie Gainet

Théâtre Christian Liger à Nîmes : entretien avec Stéphanie Gainet
Stéphanie Gainet, directrice du Théâtre Christian Liger à Nîmes © Peter Avondo - Snobinart
Directrice du Théâtre Christian Liger à Nîmes depuis quatre ans, Stéphanie Gainet, accompagnée de sa petite équipe, fait vivre le spectacle vivant à taille humaine dans un lieu pour le moins particulier. Niché dans le centre Pablo Neruda, ce théâtre ne manque pas d’ambition, avec une programmation de qualité et des projets dynamiques qui promettent de belles saisons…

On sort d’une saison 21-22 qui était tout le temps sous la menace. Comment appréhendez-vous cette première « vraie » saison ?

J’espère que c’est la vraie saison normale, on va dire. Après, on a l’expérience des deux dernières saisons qui ont été bien modifiées avec la Covid, mais je l’appréhende comme une saison normale. J’ai plutôt envie de la voir positivement, pas sous la menace. Je fais comme si de rien n’était (rire) ! Et si le couperet tombe, il est déjà tombé, donc on sait comment faire, on a déjà cette expérience-là.

C’est quoi, l’esprit Christian Liger ?

Le Théâtre Christian Liger, c’est une salle pluridisciplinaire. Elle l’a toujours été. Elle se veut conviviale, c’est une petite salle de 280 places, c’est assez cosy. Elle a toujours alterné entre des têtes d’affiche et des artistes ou des productions qui sont moins connus. C’est une petite salle, donc on est proche des artistes qu’on connaît, et en même temps c’est une grande salle pour des productions qui sont plus locales. C’est aussi un lieu de création, on accueille à peu près 6 à 8 équipes artistiques en résidence chaque saison. J’y tiens, c’est quelque chose qui existait déjà, mais que j’ai remis en route depuis quatre ans de manière vraiment régulière. Et pour les thématiques, ce sont des thématiques universelles. Le harcèlement, la radicalisation, le genre… Ce sont des problématiques que toutes les compagnies se posent.


Les sorties de résidence sont de plus en plus courantes dans les théâtres. Vous les ouvrez gratuitement au public, en quoi cela consiste ?

Il n’y a pas beaucoup d’équipements et de salles où les compagnies régionales peuvent travailler dans de bonnes conditions. Ici, on leur offre un plateau, des régisseurs présents pour les accompagner au son et à la lumière… C’était vraiment ce constat-là, j’avais envie d’aider les compagnies locales ou régionales. Et je trouve que c’est intéressant, en tant que public, de voir le début d’une création, de savoir comment ça se monte, un spectacle. Et si on voit l’aboutissement à un moment ou à un autre, on peut se rendre compte du travail et de ce que les compagnies ont gardé ou non. De l’autre côté, pour les compagnies, c’est très enrichissant. Elles vont tester des prémices de leur spectacle, sentir la salle, voir où ça marche et où ça ne marche pas. La compagnie est complètement libre du format qu’elle montre. Ça peut être la création entière si elle est finie, ça peut être une scène, ou quelque chose d’interactif avec le public, avant une écriture de plateau… Le but c’est d’aider les artistes. Ce n’est pas du tout obligatoire, mais la plupart se prêtent au jeu.

Quels seront les temps forts de la saison 22-23 ?

L’ouverture de saison avec Diouc Koma et Romane Bohringer, c’est important. J’aime bien qu’il y ait une tête d’affiche en ouverture de saison, avec en l’occurrence un sujet assez fort et très actuel dans plein de pays, puisque c’est l’idée de la réconciliation post-apartheid en Afrique du sud. Il y a aussi un temps fort sur deux soirées consacrées au metteur en scène suisse François Gremaud, que j’aime beaucoup. C’est dans l’idée d’essayer de montrer autre chose aux spectateurs, pas que des artistes connus, pas uniquement un spectacle, mais aussi la patte d’un metteur en scène sur deux spectacles. J’aimerais bien développer cette idée des autres métiers du spectacle vivant. Un autre temps fort enfin : Le Prix d’un Goncourt de Jean Carrière. C’est important de montrer ça sur Nîmes et d’avoir ce spectacle ici. D’autant que, là aussi, c’est montrer un peu le travail d’un écrivain, d’un créateur, j’aime bien comprendre comment une œuvre se crée.

Quels sont les projets pour le Théâtre Christian Liger ?

Christian Liger est un théâtre qui est dans un centre sportif, c’est très particulier. C’est plutôt chouette, et cette particularité n’est pas assez mise en avant, le lieu est quand même assez froid. L’idée, c’est aussi de rendre ce centre un peu plus convivial. L’espace bar va être repris. Ça fait des années qu’il est fermé. Là, c’est une prestataire privée qui va proposer de la petite restauration et des boissons dès le mois d’octobre. Le bar sera ouvert aussi dans la journée, pour rendre le centre un peu plus vivant. Ce sera un point de convivialité, où on va pouvoir se retrouver et échanger, ce qui manque vraiment. En fin d’année, on devrait aussi avoir des assises qui vont être faites par les menuisiers de la ville. Et en 2023, l’idée sera de faire une fresque pour signaler dès l’entrée qu’il y a un théâtre et un espace de restauration au premier étage. Pour le théâtre, j’ai envie de développer un projet qui soit plus jeune public au sens large, pour les 4-25 ans. C’est un peu la nouveauté, de proposer des formes un peu plus attrayantes pour les ados et les jeunes adultes. J’aimerais développer les actions en journée, créer un peu plus d’ateliers, multiplier les séances scolaires, développer les séances familiales ou pour les centres de loisirs. On a des tarifs qui sont dans ce sens-là [10€ en tarif plein, 4€ en tarif réduit, NDLR]. Et utiliser un peu plus notre auditorium. On pourrait faire venir les scolaires un peu avant les spectacles pour leur expliquer des choses, les thèmes, faire vivre un peu tout ça… Ça prend du temps !


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