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Plaza del Carmen : « Il faut qu’il y ait une communion entre moi et les personnages. »

"Gainsbourg" par Plaza del Carmen
Cela fait cinq ans que Plaza del Carmen est née. Artiste numérique, elle est passionnée par l'époque moderne et les personnages marqués par des vies exceptionnelles. C'est ainsi qu'elle s'est créé un univers autour du détournement, imaginant Serge Gainsbourg ou maître Yoda portant une fraise, Romy Schneider ou Marilyn Monroe en bonne sœur... Ces personnages, c'est elle qui en est la créatrice. En quelques années, Plaza del Carmen s'est faite un nom et et le succès est là. Sensible à la valeur sacrée de l'oeuvre, l'artiste reste attachée à sa liberté de créer avec la volonté de ne pas tomber dans la surproduction.

Vous n’avez pas souhaité être prise en photo, pourquoi ?

Je préfère que mon travail soit mis en avant plutôt que moi. Je trouve qu’il vaut mieux mettre en avant le travail de l’artiste et pas forcément sa personne. Il y a Plaza del Carmen, et puis il y a moi à un plus petit niveau. C’est pour ça que Plaza del Carmen me fait tant de bien. Elle va bien, elle rencontre du monde, elle est créative… Moi dans ma vie de tous les jours, ce n’est pas très intéressant… Et puis je n’aime pas trop mon image, c’est pour ça que j’en fais tant d’autres…

Justement, vos personnages, vous pouvez nous en parler ?

Le choix de mes personnages est déterminant. Dans la vie, tout le monde a des hauts et des bas… J’ai eu des gros soucis de santé et Plaza del Carmen a été un refuge. J’ai commencé avec Frida Khalo, une icône qui m’apporte beaucoup de choses… Nous avons des points communs. Marylin, j’ai aimé sa fragilité. Les gens ont une image d’elle qui est fausse. Elle n’était pas du tout l’image qu’on lui a donné. Pourtant elle avait une grande sincérité, une grande intelligence… Gainsbourg avait beaucoup de fêlures liées à une enfance compliquée… Il faut qu’il y ait une communion entre moi et les personnages. Pendant des heures je suis face à eux. Ils doivent détenir une histoire singulière, touchante. Ce sont des vies exceptionnelles. On peut penser qu’ils ont été dans un monde de « star système », mais quand on creuse, on se rend compte qu’ils ont eu des parcours incroyables. Ce qui m’importe le plus, c’est de les traiter d’une manière respectueuse, toujours avec ce décalage XVIe et XVIIe siècles.


Ces personnages ont également des personnalités avec des physiques singuliers, comme Serge Gainsbourg ou Rossy Palma…

Oui, et pas forcément comme l’époque voudrait le dicter, c’est-à-dire lisse, plat… A l’heure actuelle on nous impose des stéréotypes, avec tous ces filtres Instagram et autres… C’est une hérésie ! Je ne me reconnais pas là-dedans. On est dans une période dans laquelle il est compliqué d’avoir « une gueule à part ». On ne cherche pas à creuser, à connaître la personne. On le voit avec la réussite des influenceurs… C’est un peu le drame du vide. Mais c’est comme ça, c’est notre époque.

“Ma Frida” de Plaza del Carmen

Quand avez-vous commencé ce travail artistique ?

Il y a cinq ans environ. Je faisais beaucoup de communication, pour des brasseries ou autres… J’ai toujours eu un univers un peu spécial, je n’aurais pas aimé travailler avec des barrières. Je me suis toujours senti plus artiste que graphiste. Un jour, j’ai eu le déclic avec Frida Khalo. Je la voyais partout la pauvre… dans les publicités, sur les t-shirts… Elle qui était communiste, je ne suis pas certaine qu’elle aurait apprécié. En voyant ce « produit » qu’elle était devenu, j’ai souhaité la mettre en complète austérité au niveau de l’allure, de dépasser le superflu des fleurs, des couleurs… pour travailler sur sa personnalité. Je travaille énormément le regard de mes personnages. Je veux encore plus ressortir l’âme plutôt que la plastique. Je m’occupais deux fois par an de la galerie Chouleur et il manquait un artiste pour une exposition et je me suis lancé. L’accueil a été formidable, donc ça m’a encouragé à continuer. Je tiens à ne réaliser que des pièces uniques. Si le même personnage est vendu plusieurs fois, je tiens à changer un détail, comme la couleur du rouge à lèvres ou une incrustation d’un objet. Je pourrais développer sur différents supports, on m’avait contacté pour illustrer des coussins, mais pour le moment ça ne m’intéresse absolument pas. Je n’ai pas envie de tomber dans la surconsommation, dans la surproduction… 

Vous pouvez nous expliquer votre pratique artistique ?

On ne va pas se cacher, l’art numérique est la dernière roue du carrosse… A en écouter beaucoup, on a l’impression qu’on ne fait rien (rire). C’est une interaction. J’ai besoin d’un logiciel, je travaille sur Photoshop de façon naïve. Ce logiciel est une véritable usine que je manie très bien, mais je ne m’en sers pas avec ses fonctionnalités. Photoshop a des fonctionnalités pour coloriser, maquiller… je n’utilise pas tout ça. Il me sert à avoir des images, des calques, et chaque action que je vais produire va être superposée l’une sur les autres et va créer le résultat final. Je créer les ombrages, je les maquille, je créer les textures en fond.. Je ne veux pas que le logiciel dicte ma création. C’est moi qui lui dicte ce que je veux faire. J’ai un stylet et une tablette et je travaille mes personnages avec. Je vais ombrer pour intensifier le regard, je vais faire un mélange de couleurs pour mes textures… Je ne demande pas au logiciel de faire ce genre de chose. C’est une interaction entre lui et moi. Lui sans moi c’est un pauvre logiciel, et moi sans lui je ne fais pas de peinture ni de dessin. Alors j’ai entendu plusieurs fois des gens me reprocher que ça ne soit pas de la peinture. Effectivement, ce n’est pas de la peinture, mais c’est aussi beaucoup de travail, un savoir-faire et de la création. Je ne reproduis pas ce que je vois. Tout le monde a sa place. Une peintre qui fait des reproductions à la perfection détient une technique, mais est-ce vraiment un artiste ? Un artiste ne doit pas reproduire, il doit imaginer, avoir un univers, s’évader… Mon peintre préféré c’est Picasso. Il savait peindre à la perfection, il a tellement maîtrisé cet art qu’il a laissé place à son imagination. Pour moi, c’est ça un artiste.

“Wonder Woman” par Plaza del Carmen

Vous nous parlez de Picasso, avez-vous d’autres références dans l’art ou dans la vie en général ?

Enfant, je n’ai pas eu un grand accès à la culture. J’ai appris à connaître l’art avec le temps. J’aime Klimt, Soulages, Di Rosa, Modigliani, Chagall, Warhol… Je ne suis pas figée. J’aime aller dans les musées où il y a de nombreux artistes différents, comme le Centre Pompidou ou d’autres… Mon sculpteur préféré c’est Giacometti. Ce n’est pas gai, mais c’est grandiose. C’est comme la musique, on peut aimer toutes sortes de musiques, en arts plastiques c’est pareil. J’aime les gens qui ont eu des grandes fêlures comme James Dean, Marlon Brando… J’ai parfois l’impression qu’à notre époque, il n’y a plus vraiment de révolution dans la création. On a l’impression que tout a été fait. Peut-être que dans le numérique on va parvenir à créer la nouveauté. C’est un art dans lequel je crois beaucoup et que j’exerce avec bonheur.

Où peut-on trouver vos photos ?

Je suis sur Toulon à la galerie Lisa Yellow Korner. On peut me trouver également à la galerie Sakura avec une série sur Star Wars. On peut également me contacter sur Facebook ou Instagram. Je n’ai pas de site Internet, ça m’obligerait à honorer des commandes dont je n’ai pas forcément envie ou le temps. Cela revient à ce qu’on disait, je tiens aux pièces uniques et je ne veux pas surproduire. Il y aura quelques expositions sur Arles l’année prochaine. 


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