Culture Spectacle vivant

L’indomptable « Peer Gynt » d’Ibsen par David Bobée

L'indomptable "Peer Gynt" d'Ibsen par David Bobée
© Arnaud Bertereau
Pour ce dernier gros week-end au Printemps des Comédiens, l'Amphithéâtre d'Ô a revêtu les airs d'une fête foraine à l'abandon. Et pour cause, le festival reçoit David Bobée et son équipe pour Peer Gynt, une épopée théâtrale pourtant difficile à dompter...

D’aucuns diraient que c’est de la folie que de monter Peer Gynt, dont son auteur lui-même disait que c’est ce qu’il a écrit de plus fou. Mais au sortir de la représentation, il apparaît comme une évidence que la folie aurait précisément été de ne pas le monter. Dans une mise en scène sans concession, portée par des comédiens qui se donnent corps et âme au projet, David Bobée nous assène une claque théâtrale comme on en reçoit rarement.

S’il était possible de résumer la pièce en quelques mots, voici ce que l’on pourrait en dire. Peer Gynt est un jeune homme qui depuis longtemps fait de l’affabulation un art, qui collectionne les femmes à la manière d’un Dom Juan, qui disparaît lorsque les choses se compliquent trop et dont l’esprit, tourmenté, a du mal à mûrir en dépit de ses rencontres et de ses voyages. Au cours de sa formation d’homme du monde, Peer Gynt n’apprend rien si ce n’est l’amertume du regret et celle de l’amour qu’on ne comprend que trop tard.

Dans une sorte de quête qui n’a d’initiatique que le nom, le personnage tantôt touchant tantôt effrayant voulu par Bobée parcourt les univers réels et imaginaires d’un éternel ado qui a du mal à prendre le monde au sérieux. Et pour porter un rôle aussi lourd, aussi complexe, le metteur en scène a visiblement trouvé un comédien de taille en la personne de Radouan Leflahi, particulièrement à l’aise et rayonnant dans cette pièce.

Parfois affublé d’un simple slip qui fait davantage penser à une couche-culotte, d’autres fois costumé à la manière des adultes, Peer Gynt apparaît comme un gamin aussi capricieux que paumé, dans un décor monumental de fête foraine laissée à l’abandon, métaphore manifeste de l’enfance perdue et des rêves qui s’effondrent. La scénographie dans son ensemble est d’ailleurs une réussite absolue. Rien n’est laissé au hasard, ni les costumes ni les décors, ni même les extraordinaires lumières ou l’excellente musique jouée en direct, sur ce plateau gigantesque où prend vie ce conte horrifique venu du nord, cette épopée philosophique aux lointaines origines.

On ne peut pas dire que c’est ainsi que l’on s’imagine la pièce d’Ibsen lorsqu’on la lit. Pourtant, bien qu’en la plaçant dans un contexte radicalement différent, Bobée parvient à retranscrire à merveille l’essence de Peer Gynt. Et après tout, cet homme du monde que se veut être le personnage principal n’a-t-il pas toute sa place au sein d’un microcosme forain, antre des illusions qui par nature parcourt les villes et les campagnes ? Même les scènes qui nous plongent dans des univers surnaturels sont rendues avec brio, une prouesse au théâtre quand on sait que beaucoup s’y sont cassé les dents, y compris chez Shakespeare et Molière…

Difficile de tout aborder ici, tant la proposition de David Bobée et de sa troupe est dense, mais une chose est sûre : si vous voulez découvrir Peer Gynt, cette version va rapidement devenir incontournable. Le metteur en scène signe une œuvre de théâtre complet, une création éclatante et sans faille à vous faire redécouvrir Ibsen.

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