Culture Spectacle vivant

L’esprit de troupe du Nouveau Théâtre Populaire

L'esprit de troupe du Nouveau Théâtre Populaire
© Thierry Cantalupo
Au Printemps des Comédiens de Montpellier, on n'a pas fini de célébrer Molière. Dernier hommage en date, la représentation marathon du Nouveau Théâtre Populaire : Le Ciel, la nuit et la fête. Pendant plus de 6 heures, l'esprit de troupe a envahi l'Amphithéâtre du Domaine d'Ô, une expérience à part entière.

Se baptiser soi-même Nouveau Théâtre Populaire, c’était porter sur ses épaules des décennies d’héritage et devoir assumer ce nom jusque sur les planches. Pour cela, rien à redire. La formation s’est donné pour ligne de conduite un manifeste qui édicte les règles de la création, et elle s’y tient. En renouant avec l’esprit de troupe dans ce qu’il a de plus noble, les membres du Nouveau Théâtre Populaire assument une vision du spectacle qui met en avant le collectif, pour des représentations d’ensemble au service du public.

Parmi les lois qui régissent cette troupe, il est voulu que chacun puisse être metteur en scène et que les représentations combinent plusieurs spectacles d’affilée. Ainsi le Nouveau Théâtre Populaire est-il venu présenter, ce vendredi 3 juin à Montpellier, un marathon regroupant trois pièces de Molière : Tartuffe, Dom Juan et Psyché. Ce spectacle de plus de 6h, intitulé Le Ciel, la nuit et la fête, est venu compléter la célébration du 400e anniversaire du dramaturge.

Le Ciel, meilleur Tartuffe de la saison ?

Molière a écrit au cours de sa carrière plus de 30 pièces. Pourtant, en cette année si spéciale pour lui, les metteurs en scène semblent trouver un intérêt commun pour ce Tartuffe, quelle qu’en soit sa version. Autant dire qu’avec autant de visions différentes de la pièce, on a facilement tendance à les comparer les unes aux autres. Et à ce jeu, le Nouveau Théâtre Populaire, dans une mise en scène de Léo Cohen-Paperman, parvient à nous faire oublier les précédentes.

Il suffit pourtant de peu. Le public, disposé dans un espace bi-frontal, assiste à une pièce qui se joue sur une scène toute en longueur qui ressemble davantage à une piste d’escrime. Ça n’a l’air de rien, comme ça, mais cet espace scénique donne aux comédiens une dynamique qui sert largement le rythme de la pièce. C’est même l’un des points essentiels de cette création, qui renoue avec la vivacité de la comédie d’antan et l’humour, justement potache, qui ne cherche pas à nous montrer autre chose que ce que raconte le texte.

Ce texte, d’ailleurs, est servi avec un naturel à nous faire oublier les vers, et ça fonctionne ! Molière n’est pas réputé pour ses rimes, et les comédiens s’en donnent à cœur joie en pointant de leur prononciation celles parfois tirées par les cheveux. Les tirades, parfois sans fin, qui jalonnent le texte, sont quant à elles débitées à un rythme effréné qui, sans en faire perdre le sens, contribuent au potentiel comique de la pièce. Les personnages sont des aimants qui s’attirent et se repoussent, dans le corps comme dans le verbe. C’est drôle, simple, juste et ça fait du bien.

La Nuit, Dom Juan des temps modernes

Changement de décor, ou presque, pour le deuxième volet de ce triptyque sur Molière. L’espace scénique a triplé de volume, le public a été invité à reprendre sa place, et les gradins qui lui servaient d’assise font désormais partie de la mise en scène signée Émilien Diard-Detœuf. Là encore, on ne peut passer sous silence la modernité évidente avec laquelle on présente les personnages. Davantage tirés d’une quelconque émission de téléréalité que d’une pièce du XVIIe, ils évoluent toujours avec justesse au gré des stéréotypes qui peuplent notre époque.

Le duo entre Dom Juan et Sganarelle fonctionne à merveille. La complicité des deux personnages est mise en avant et leurs oppositions sont évidemment, et heureusement, sources d’un ressort comique qui maintient l’intérêt de bout en bout. Cette immense scène, d’ailleurs, dévoile toute son utilité dans les scènes physiques qui prennent sur le plateau une dimension théâtrale impressionnante et efficace. Il n’en fallait pas moins pour faire que ce Dom Juan ne finisse pas par s’essouffler. Car en dépit du talent de chacun, la pièce se poursuit et se termine sur une note souvent trop lisse au regard de la première partie.

La Fête, le cabaret queer de Psyché

C’est une comédie-ballet peu connue de Molière qui vient clore la soirée du Nouveau Théâtre Populaire, dans une adaptation de Julien Romelard. Et si les deux premières pièces proposées gardaient sans conteste un certain esprit commun, cette dernière création est de toute évidence en rupture totale avec le reste. Proposée comme une célébration de l’amour, ce cabaret antique est en complète opposition avec reste de la soirée. Mais qu’à cela ne tienne, ainsi fonctionne la troupe !

L’ambiance queer est assumée d’entrée. Avec des tenues qui semblent tout droit sorties de vieilles malles dans un grenier, les personnages n’ont plus de genre. Les paillettes vêtues, les talons chaussés, chaque comédien s’est affublé d’un costume fait de bric et de broc, pour donner au public une sorte d’opéra-rock qui implante Psyché dans un XXIe siècle parfois trash. Et après tout, quoi de plus pertinent que d’imaginer le personnage de Psyché au cœur d’un cabaret, antre même de l’apparence ?

Terminer la saga Molière sur une proposition aussi festive était sans doute la solution la plus logique. Bien que l’histoire même de la pièce passe souvent au second plan dans cette opérette des temps modernes, on ne peut dénigrer le travail des comédiens-musiciens-chanteurs qui la font vivre avec beaucoup d’énergie. Reste que l’on regrette un rythme parfois lassant des scènes entrecoupées de numéros musicaux. Un format qui fonctionne néanmoins, mais qui souffre peut-être d’arriver en fin de soirée.

Abonnez-vous à notre Newsletter !

Recevez les dernières nouveautés de Snobinart, les articles les plus récents, et restez informé(e) de la publication du prochain numéro.

Suivez-nous aussi sur :