Culture Spectacle vivant

« Les Gros patinent bien », l’odyssée délice

"Les Gros patinent bien", l'odyssée délice
© Fabienne Rappeneau
Il est toujours délicat de découvrir un spectacle récompensé d'un Molière, une fois la remise des prix passée. Forcément, l'attente y est grande et le risque d'être déçu davantage. Mais l'extraordinaire voyage en absurdie d'Olivier Martin-Salvan et Pierre Guillois n'a trompé personne : c'est une réussite incontestable.

À peine une semaine après avoir reçu le Molière du spectacle de théâtre public, Les Gros patinent bien donnait deux représentations au Printemps des Comédiens de Montpellier. Une récompense qui a de toute évidence mobilisé les spectateurs, et c’est tant mieux, au vu des rares sièges vides qui restaient dans les gradins de l’Amphithéâtre d’Ô. Il faut dire qu’avec leur spectacle tout public (ou presque), Olivier Martin-Salvan et Pierre Guillois semblent mettre tout le monde d’accord après leur performance absurde au rythme effréné.

Il serait vain de chercher à raconter ce spectacle, tant son principal intérêt réside précisément dans l’expérience de l’instant. Bien sûr, une vague histoire d’amour et une épopée de l’Islande à l’Espagne tissent le fil rouge de cette aventure, mais cette narration n’est rien sans le travail visuel qui l’accompagne et sans ce duo de clowns pour la porter. Car les deux protagonistes sont bien des clowns, dans le plus juste héritage de leur art. Avec une simplicité étonnante et percutante, une qualité que nous n’avons pas fini de mettre en avant, les comédiens nous emportent dans leur univers où chaque chose prend vie avec quelques morceaux de cartons.

Comme deux gamins cherchant à passer le temps dans leur chambre un après-midi pluvieux, ils se construisent ainsi un imaginaire au complet. Certains ressorts comiques tiennent d’ailleurs davantage de la blague enfantine, et pourtant cela fonctionne ! On se retrouve à rire de situations invraisemblables, parfois triviales, que le talent transforme en une communion comique totalement décalée, comme le faisaient en leur temps les Monty Python ou Laurel et Hardy.

Il est de notoriété publique que faire rire est la chose la plus compliquée au théâtre. Et il faut dire que, sous la pinède du Domaine d’Ô en sortie du spectacle, les avis convergent en ce sens. Certains spectateurs, qui avouent avoir le rire timide en règle générale, se sont pourtant laissés convaincre par cette performance. Et pour cause, le travail derrière ce cabaret de carton est indéniable.

Bien qu’assis durant la quasi intégralité de la représentation, Olivier Martin-Salvan fait montre d’une énergie folle en nous servant une histoire dans un anglais plus qu’approximatif. Et donner l’impression de mouvement tout en étant fixe, autant que faire croire à un discours sensé au cours d’une heure trente de yaourt, voilà qui relève effectivement de l’exploit. À l’opposé, Pierre Guillois, qui arpente et traverse le plateau en long et en large, nous donne à voir une performance du physique et de la mimique, sur quoi repose toute l’efficacité de cette création.

Le duo évolue de façon aussi pertinente que naturelle dans cette pièce qu’il n’est nul besoin d’expliquer. Et le public ne s’y trompe pas, la proposition fait un bien fou à l’esprit. Même la statuette de Molière qui, pour le coup, n’est pas en carton, a trouvé sa place dans cette mise en scène de l’absurde. Elle vient auréoler la recherche, la logistique, le talent et la précision qui donnent à ce spectacle son apparence de simplicité derrière laquelle on n’ose imaginer l’énorme travail qu’il a fallu accomplir.

Que les spectateurs absents se rassurent, Les Gros patinent bien – cabaret de carton ne s’arrête pas là. Quelques représentations sont déjà prévues à travers la France pendant l’été, et la pièce devrait se jouer largement durant la saison prochaine sur les scènes du territoire !

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