Culture Spectacle vivant

Le printemps de Calcagno comme une mosaïque

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© Mickaël et Cédric / Studio Delestrade
Depuis un an à la tête du Ballet de l’Opéra Grand Avignon, Emilio Calcagno présentait hier sa deuxième création dans cette institution : D’un matin de printemps. En puisant ses références dans de multiples domaines et en créant des ponts entre les arts, le chorégraphe sicilien propose une pièce sur l’amour, entre autres…

À peine le temps de laisser le lourd rideau rouge s’ouvrir que les premières notes électro de la musique de Matteo Franceschini se font entendre. Sur le plateau, les danseuses et danseurs sont déjà là, en mouvement ou immobiles, et donnent le ton premier du spectacle. En fond de scène, l’Ensemble Ouest et ses trois musiciens attendent patiemment leur tour dans la pénombre, presque invisibles derrière la grande toile noire qui leur donne l’air d’être projetés sur un écran de cinéma. Une impression renforcée par l’immense miroir incliné qui, de temps à autre, vient transformer le cadre de scène en écran 16/9e et jouer avec les perspectives.

Emilio Calcagno est un amoureux du 7e art, mais pas seulement. Sa singularité artistique réside dans l’effacement des frontières. Entre les disciplines, d’abord. Entre les époques aussi. Et au-delà des règles imposées par les pratiques ultra-structurées, surtout. En cela, D’un matin de printemps se veut une ode à la liberté. La liberté de se laisser inspirer par la musique pour écrire une chorégraphie du cœur. Et qu’importe, ou tant mieux, si elle remet en question le classicisme du ballet au profit d’une approche plus contemporaine.

Le printemps de Calcagno comme une mosaïque
© Mickaël et Cédric / Studio Delestrade

Ces deux univers, habituellement bien distincts, se retrouvent ici imbriqués au service du sens. Calcagno donne beaucoup de choses à voir dans cette pièce. Parfois trop. Mais il nous parle avant tout d’amour(s). Soutenu par des extraits musicaux qui alternent entre compositions françaises du XIXe / XXe siècle et l’évidente modernité de l’électronique, le chorégraphe oppose d’abord la dualité d’un couple à la pluralité du groupe. Ainsi commencent toujours les histoires de cœur, dans un monde que l’on se crée à l’écart des autres.

Mais par la subtilité d’une mosaïque de gestes, de lumières et de costumes, D’un matin de printemps nous emmène peu à peu vers une vision plus large, plus réaliste aussi, plus sombre parfois, de ce que peut être l’humain face à ses sentiments. Que le duo finisse par se mêler à la foule, ou qu’un étranger vienne soudainement prendre place entre deux amants, on redéfinit peu à peu la notion même de couple, qui se forme et se reforme, s’éloigne et se sépare, se réinvente à l’infini.


À l’infini, pas tout à fait… Car en laissant à notre nature sensible et instinctive la possibilité de se développer, on en revient malgré nous à nos fondamentaux animaux. D’une parade très chevaline au rythme saccadé à une danse de l’intime avec des cervidés, la pièce glisse peu à peu vers un final plus sombre, plus poignant. Le corps devient au choix offrande divine ou mets à partager, en clôture du récit de la vie et de la mort d’un amour, quel qu’il soit.

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© Mickaël et Cédric / Studio Delestrade

C’est en tout cas le fil rouge que nous avons suivi tout au long de la représentation. Mais si Calcagno s’affranchit bien d’une chose, c’est de l’interprétation unidirectionnelle. Il y a même fort à parier qu’il existe autant de versions de ce spectacle qu’il existe de spectateurs. Le directeur du Ballet de l’Opéra Grand Avignon offre en tout cas une pièce rafraîchissante qui conçoit ses propres règles et trouve écho auprès d’un public conquis.

CHOREGRAPHE
EMILIO CALCAGNO
AVEC
LE BALLET DE L’OPERA GRAND AVIGNON
ENSEMBLE OUEST
CONSTANCE RONZATTI (VIOLON), MYRTILLE HETZEL (VIOLONCELLE), AURELIEN RICHARD (PIANO)
DECORS ET COSTUMES
THIBAULT SINAY
CREATION LUMIERE
ELENA GUI
MUSIQUES
CLAUDE DEBUSSY, GABRIEL FAURE, MAURICE RAVEL, ERIK SATIE, LILI BOULANGER
ARRANGEMENTS
AURELIEN RICHARD
MUSIQUE ELECTRONIQUE
MATTEO FRANCESCHINI


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