Culture Spectacle vivant

Le percutant manifeste de Laura Murphy dans « Contra »

Le percutant manifeste de Laura Murphy dans "Contra"
© Darko Škrobonja
Après plusieurs reports les saisons dernières, le Théâtre de Nîmes a finalement pu accueillir en ce mois d’octobre l’artiste Laura Murphy et son spectacle Contra. Alliant le verbe, le geste et la performance, elle y dévoile une sensibilité féministe qui ne laisse pas indifférent en habitant seule la scène de l’Odéon.

Le plateau est presque intégralement nu. Seule une corde lisse, agrès régulièrement utilisé chez les circassiens, pend depuis les cintres. Puis apparaît Laura Murphy, elle aussi dans son plus simple appareil. Par des regards entendus qu’elle partage avec le public, l’artiste a déjà commencé sa performance.

Debout sans artifices face aux spectateurs, elle rappelle la Genèse de la Bible avant d’énoncer des faits scientifiques ou sociaux à propos de son corps, de la manière dont il est perçu, par les autres ou par elle-même. Un corps que l’on ne voit déjà plus, tant le propos est efficace dans sa simplicité. Pourtant tout lui est lié.

Laura Murphy raconte ses histoires personnelles avec les hommes. Ceux qui ont voulu la conformer, de près ou de loin, à une vision sexualisée et objectivée des femmes. Ceux qui ont cherché à la contraindre ou l’abuser physiquement.

Mais aussi ceux qui, quelques décennies en arrière, remplissaient des salles de spectacle avec des sketchs qui nous semblent aujourd’hui tellement dépassés. La performeuse récite en play-back ces textes qui, sur l’enregistrement, font rire le public de l’époque, tandis que dans la salle de l’Odéon les spectateurs sont sidérés, comme en témoigne le lourd silence qui s’installe.


Et quand l’artiste choisit de s’habiller, c’est pour s’empaqueter dans des couches et des couches de film alimentaire. Le corps d’une femme comme un produit de consommation. De la tête au sexe, elle se recouvre de plastique transparent, s’aplatit les seins, se défigure le visage puis prend en main cette corde lisse qu’elle grimpe et modèle à ses envies, à son talent.

Laura Murphy nous hypnotise depuis cette corde. Ce corps de femme qu’elle défend et décrit depuis le début trouve toute sa force physique dans ces démonstrations acrobatiques. Elle y donne à voir les images d’une femme qui se battra toute sa vie, puis finit par s’affranchir violemment du costume sous vide qu’elle s’est créé, dans un contraste percutant avec la douceur de la musique qui l’accompagne.

Mais tout cela n’était qu’un spectacle. La comédienne a pu s’exprimer, elle a eu la chance de pouvoir le faire. Il faut désormais quitter la scène et se fondre à nouveau dans une image de femme que la société attend. Enfiler à nouveau des vêtements considérés comme décents et se conformer à des codes que d’autres ont imposés à notre place, même s’ils ne nous conviennent pas. L’artiste se démaquille, Laura Murphy, elle, se rhabille. Une conclusion poignante pour ce manifeste sans prétention et pourtant si lourd de sens.

On ne le sait que trop, certains sujets sont encore particulièrement tabous sur scène. La nudité, le sexe, les propos triviaux ont souvent tendance à diviser. Pourtant ici, aucun doute sur l’effet que la performance a auprès du public. Laura Murphy se permet tout ce qu’elle estime nécessaire, et son propos trouve son écho chez les spectateurs. En témoigne l’enthousiasme des applaudissements qui viennent clôturer la soirée… Bravo !

DE ET AVEC
LAURA MURPHY
MISE EN SCENE
URSULA MARTINEZ
PRODUCTION, REGIE PLATEAU ET SON
NICOLE A’COURT-STUART
CREATION ET REGIE LUMIERES
KATIE DAVIES
FORMATION INITIALE
TERRY O’CONNOR
SOUTIEN CHOREGRAPHIQUE
MADELINE MCGOWEN


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