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Entretien avec Arthur Perole : « Être spectateur c’est un art »

Entretien avec Arthur Perole : "Être spectateur c'est un art"
© Nina-Flore Hernandez
De passage au Théâtre Molière de Sète à l'occasion du temps fort "Alors, on danse !", le danseur et chorégraphe Arthur Perole propose un spectacle en solo, loin de ses créations de groupe habituelles. Il sera encore ce soir au TMS pour une grande fête avec et pour le public.

Le Théâtre Molière de Sète est connu de nombreux spectateurs, mais essentiellement depuis le parterre ou les gradins. Arthur Perole, lui, a choisi de convier le public au plus près de lui, directement sur le plateau. Avec une vue sublime donnant sur la salle, parfaitement mise en lumière comme fond de scène majestueux, le danseur s’adonne alors à une confession chorégraphique de l’intime et du dévoilement. Une performance qui expose toute la complexité de l’artiste et de l’homme, de sa construction à sa révélation. En établissant d’entrée un lien fort avec les spectateurs (allant même jusqu’à nous offrir des bonbons comme si nous étions déjà intimes), il tisse mine de rien un réseau qui entre en résonnance avec la suite de la pièce.

Très intéressé et ému par cette relation entre les artistes et le public, il propose encore Nos corps vivants ce soir au TMS, représentation qui s’intègrera dans une grande soirée de fête et de partage, La Boum Boom Bum. Nous l’avons rencontré à l’issue de la représentation hier, un entretien de l’intime et de la sincérité.

© Peter Avondo – Snobinart

Vous avez l’habitude d’écrire pour des groupes. Dans Nos Corps Vivants, vous proposez un solo intimiste avec un lien instauré dès le départ avec le public. Est-ce que ce lien est une chose que vous prenez en compte lors de la création ?

Pour moi, c’est vraiment un élément fondamental. Que le public soit sur le plateau, c’est quelque chose que je fais souvent. Dans d’autres créations, c’est le public qui vient danser à la fin. Demain on fait Boum Boom Bum, c’est une fête, c’est pareil, tout le monde est là. Je n’aime pas du tout les spectacles où on est juste là pour recevoir, j’aime créer de la chaleur. Il y a quelque chose qui doit être très humain, d’autant plus avec ce solo sur le dévoilement. Je voulais que le public soit là, que je le voie, qu’on se regarde. Et en même temps, je n’aime pas que ce soit participatif, je ne veux pas prendre les gens en porte-à-faux. Être spectateur c’est un art, c’est important, c’est une question de respect et de consentement. Le lien à l’autre, le fait de se rassembler est très important pour moi.


À propos de ce consentement, vous osez vous approcher du public et jouer un peu avec lui. Dans quelle mesure vous choisissez les spectateurs avec qui vous le faites ?

C’est un curieux mélange… Je crois que sur l’instant, je n’y pense pas vraiment parce que je suis en état de transe. Mais le spectateur tout devant avec qui je suis le plus proche, c’est un des danseurs de la compagnie, par exemple. La spectatrice à qui j’ai touché les cheveux, je sentais qu’elle ne faisait que se toucher les cheveux, donc j’y suis allé. Parfois, je sens que certains sont réfractaires, donc je prends à parti le public, mais je n’y vais pas. Je respecte la bulle, mais j’essaie de créer une espèce d’autodérision sur les petites choses que j’ai vues avant. J’essaie de faire quelque chose de vivant, et que ça marche ou non, c’est des rencontres.

On a l’impression d’assister à la construction d’un homme et d’un artiste pendant tout le spectacle. Est-ce qu’on a affaire à Arthur Perole ou à un personnage ?

C’est vraiment moi. Tout ceux qui me connaissent disent « on dirait toi dans ton salon », mes parents disent qu’on dirait moi dans ma petite chambre d’enfant… Mais il y a aussi une écriture, pour jouer vraiment le jeu du dévoilement et de l’intimité. Je montre toutes mes failles. Ma plus grande faille et ma plus grande force de vouloir être aimé tout le temps par tout le monde, c’est très clair. Je cherche par l’écriture à ce que ce jeu du dévoilement transcende le fait de rencontrer ma petite personne. Parce que les gens qui ne me connaissent pas s’en foutent. Ça parle de la multiplicité d’être, de la construction identitaire, comment on se fabrique, comment on se dévoile, comment l’autre rentre dans notre construction, comment on se réinvente tout le temps… C’est pour ça qu’il y a ces voix au début, cette écriture, cet humour qui met aussi un peu de distance, qui permet un aller-retour. Ce que je souhaite, c’est que les gens soient dans un aller-retour entre le fait de me découvrir « pour de vrai » et une introspection sur ce que ça raconte sur leur propre expérience. Pendant les répétitions, j’ai essayé de me protéger en me disant « je ne donnerai pas ce que je suis vraiment », mais ça ne marchait pas.

Pour la musique, j’ai demandé à Marcos [Marcos Vivaldi, NDLR] de faire ce même jeu de dévoilement. Je lui avais dit que je voulais une sorte de zapping et que la musique m’influence et modifie la danse. C’est lui qui a amené la techno et toutes les musiques du zapping. Au début il y a des voix, qui sont celles d’ados avec qui j’ai travaillé et qui se dévoilent beaucoup aussi. C’est vraiment une espèce de tourbillon, une envie qui fait partie de moi, mais ce n’est pas moi qui ai tout amené.

Dans Nos Corps Vivants, vous êtes contraint à une estrade de 4m² alors que vous parcourez malgré tout une grande distance, pourquoi ce choix ?

C’est ultra physique, c’est vrai. On voit les traces sur la tapis de danse (rire). L’idée ce n’est pas tant la distance, mais il y a cette histoire de cercle et de toujours se montrer à tout le monde et regarder tout le monde. Il y a aussi l’idée de la scénographie qui fait écho aux dimanches en famille, quand je préparais un spectacle, que je changeais toute ma chambre en petit cabaret… Ça se voulait un peu comme ça. Je pousse les meubles, j’ai fabriqué un spectacle, venez regarder, je vous offre des bonbons. C’est ce petit podium qui raconte ça, entre carton pâte et grandiose. Un peu cette envie là dans l’imaginaire.


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