Culture Spectacle vivant

Du monde du pétrole à l’essence du monde

Du monde du pétrole à l'essence du monde
Il est une addiction que nous oublions souvent de conscientiser : celle qui a trait au pétrole et à ses dérivés, que nous consommons malgré nous chaque jour dans des quantités astronomiques. De cet état de fait, Michaël Hallouin fait un constat aux frontières de la folie dans Le Bond sourd de la bête féroce.

Ne vous attendez pas à un décor gigantesque, à une jauge incommensurable ou à des effets techniques dernier cri en découvrant cette pièce. L’homme est simplement là, accueillant les spectateurs un à un dans sa tenue de cycliste, il est venu partager avec nous son expérience hors du commun : son sevrage pétrochimique.

Le sujet, nous le connaissons tous. Derrière le terme général de « pétrole » se cachent aussi tous les abus, les excès, les dénis, les inactions en faveur d’une planète qui se meurt sous les coups de l’être humain. Inutile, donc, d’en faire une démonstration explicite en enfonçant des portes ouvertes ou en cumulant les évidences. C’est bien à contre-pied de cela que Michaël Hallouin, interprète et auteur de ce spectacle, s’empare de la thématique.

En forgeant un texte empreint de certains codes du théâtre, il porte avec beaucoup de naturel, d’humour aussi, un récit étonnant qui nous invite dans le cœur même de la machine. Longtemps employé par une grande entreprise pétrolière et inconscient du drame qui se joue sous ses pieds, le protagoniste se retrouve confronté à la réalité du jour au lendemain. Victime d’une agression de la part d’une militante écologiste, il ne voit bientôt plus le monde qu’à travers le spectre du pétrole et de son omniprésence.

La violence ne résout rien, paraît-il. Pourtant, dans Le Bond sourd de la bête féroce, c’est précisément ce coup de poing qui est à l’origine d’une réflexion profonde et sincère autour de la thématique environnementale. Sincère, parce qu’il ne s’agit pas que d’une performance artistique. Dans une époque où la responsabilité de la culture dans la transition écologique est de plus en plus pointée du doigt, Michaël Hallouin met en application dans la vie les mots qu’il prononce dans la pièce, préférant le vélo et les transports en commun aux véhicules qui jouent le jeu mortel du pétrole tout-puissant.


Le chemin vers la désintoxication n’est pas simple, à en croire les épopées délirantes dans lesquelles le personnage embarque le public. Entre hallucinations et extrapolations, le parcours est cahoteux, bourré d’obstacles, révélateur d’une certaine impuissance, mais il a en tout cas le mérite d’avoir été amorcé, et transmis ici sans prétention, sans grand discours moralisateur, simplement comme une expérience partagée vers ce qui semble tenir de l’utopie.

On ne ressort pas de cette pièce avec des solutions. Difficile, en effet, de prôner l’abolition totale du pétrole lorsque, des chaises en plastique sur lesquelles on est assis jusqu’aux pneus du vélo écolo, rien ne semble exempt de pétrole… Mais gageons que Le Bond sourd de la bête féroce, à travers son texte, son interprétation, ses références théâtrales et ses marionnettes, trouvera sa voie à travers les esprits des spectateurs. Tout est fait, en tout cas, pour que le discours au plateau et la démarche artistique s’entremêlent et avancent ensemble, sans effet de comm’…

À (RE)VOIR
– le 18/12 à La Bulle Bleue à Montpellier
– du 04 au 06/04 au Théâtre La Vignette à Montpellier
– du 18 au 20/04 au Théâtre Le Périscope à Nîmes

CONCEPTION, ECRITURE, JEU
MICHAEL HALLOUIN
REGARD EXTERIEUR
CLAIRE PERRAUDEAU
DRAMATURGIE
CAMILLE KHOURY, AMBRE LAMBERT
FABRICATION DE MARIONNETTES ET COSTUMES
LAURELIE RIFFAULT
REMERCIEMENTS
EMILIE HERITEAU
PRODUCTION, DIFFUSION
LEILA COSSE


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