Culture Spectacle vivant

AVIGNON 2022 : « Au scalpel » au Théâtre des Gémeaux

AVIGNON 2022 : "Au scalpel" au Théâtre des Gémeaux
© Stéphane Parphot
Sur scène, Davy Sardou et Bruno Salomone proposent un duel intrafamilial puissant qui se joue du public dans une quête de la vérité qui n'aboutira jamais... Au scalpel est à découvrir tous les jours à 13h10 au Théâtre des Gémeaux.

N’en déplaise à ceux qui aiment mettre des étiquettes sur tout, Au scalpel n’est pas une comédie, bien que la pièce en revête parfois les attraits. Elle tient davantage du constat sociétal contemporain, dans lequel des situations pourtant négligeables deviennent la source de conflits qui nous dépassent (autant le public que les personnages), et dont l’issue restera incertaine. On ne va pas se mentir : on aime ça !

Difficile de savoir où l’on va lorsque, à l’ouverture du rideau, deux frères se retrouvent face à face et enchainent les dialogues chargés de non-dits et de détours. On sent bien que quelque chose stagne au-dessus d’eux, sorte de chape de plomb forgée au fil des années qui constitue une relation assez malsaine, mais que les conventions sociales voudraient effacer. Lorsque l’un des frères veut parler, le second bat en retraite, et inversement. Un déséquilibre qui tient tout le long de la pièce et fait pencher le public d’un côté ou de l’autre au gré des confessions, plus ou moins graves, plus ou moins sincères, qui sont avancées.

Pendant plus d’une heure, on assiste en toute impuissance à une effrayante escalade de la haine fratricide dans ce texte indubitablement humain qui dépeint avec brio la complexité des rapports familiaux. Avec pour seules armes les mots de l’auteur Antoine Rault et la présence scénique de Davy Sardou et Bruno Salomone, la pièce vire peu à peu au règlement de compte lors d’un procès officieux au cours duquel aucune des accusations n’est vraiment vérifiable. Cette parole qui a toujours fait défaut aux deux frères devient une lame aiguisée qu’ils se plantent tour à tour sous la gorge sans jamais rien résoudre.

De cette violence sous-jacente découle une ambiance particulièrement pesante, prenante aussi, qui nous laisse facilement imaginer une mare rouge vif qui pourrait à tout moment venir entacher le blanc immaculé de l’appartement qui sert de cadre à l’échange. Le texte est parfaitement ciselé, volontairement drôle lorsqu’il s’agit de rire jaune entre deux instants de puissante tension, et suffisamment bien écrit pour ne pas frustrer en dépit d’une situation qui ne trouvera sans doute jamais d’issue. De telles émotions au théâtre sont rares, à découvrir donc !

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