Art de vivre Entretien Mode

Massimiliano Mocchia di Coggiola : « Les gens ont abandonné l’amour pour l’élégance. »

Photo : Thibault Loucheux / Snobinart
Massimiliano Mocchia di Coggiola a décidé de faire de son existence une œuvre d'art. Telle est la raison d'être du dandy. Défenseur de l'élégance, il vient de sortir un livre : Du monocle et autres accessoires disparus publié aux éditions du Chat Rouge. Le rendez-vous était donné au Bistrot du Peintre dans le XIe arrondissement de Paris. Autour d'un café, Massimiliano Mocchia di Coggiola nous a parlé de son livre et nous a donné ses définitions du dandysme et de l'élégance masculine.

Pouvez-vous vous présenter ?

Je m’appelle Massimiliano Mocchia di Coggiola, je suis italien, de Turin, mais j’habite Paris depuis 2007. Je suis venu dans la capitale française parce que je me suis marié avec une américaine qui habite Paris. J’écris des articles qui parlent d’art de vivre, de culture, un peu comme Snobinart. J’avais toujours une petite partie qui abordait l’élégance masculine, l’histoire de la mode… Quand j’ai commencé à collaborer avec Dandy Magazine, j’ai fait aussi une série sur des personnages excentriques, sur les accessoires de mode disparus… ce sont ces articles qui ont été la base de mon dernier livre Du monocle et autres accessoires masculins disparus (éditions Le Chat rouge). J’ai écrit un autre livre qui s’intitulait Dandysmes et qui était aussi un recueil d’articles que j’ai agrémenté pour que cela prenne une forme plus « livre ». A côté de cela je suis illustrateur, j’ai fait des dessins pour la presse masculine et pour d’autres livres en France et en Italie. Je fais des portraits. J’ai également une activité de designer, avec mon frère nous avons une marque de vêtements. Mon frère s’occupe de faire des vêtements sur mesure, vestes, gilets, pantalons… et moi je dessine tous les imprimés de cette marque sur des pochettes, des foulards, des doublures… Enfin, j’ai été styliste pour le groupe musical La Femme pendant très longtemps, pour les clips de leurs premiers albums, pour les Victoires de la Musique et pour le troisième album qui est sorti récemment j’ai fait le concept de la vidéo, mais mon frère à un peu pris le relais maintenant. J’ai plus trop l’âge de suivre des rockeurs dans leurs déplacements (rire). C’est très sympa mais c’est très intense et je commence à être fatigué (rire).

Vous considérez-vous comme un dandy ?

Je crois que le dandy est plus une figure littéraire que réelle. Les meilleurs exemples de dandys que l’on a ce sont des figures littéraires, de fiction, comme des personnages dans Dorian Gray ou d’autres… Mais il peut aussi y avoir des personnages dans la vie réelle, dans le passé, qui peuvent être assimilés au dandysme. Mais je ne peux pas dire que je suis dandy, c’est aux autres de le dire. C’est un peu comme être fou, ce sont les autres qui vous le disent.


Quelle définition vous donneriez du dandy ? Daniel Salvatore Shiffer, grand philosophe du dandysme, affirme notamment que le dandy construit sa vie comme une œuvre d’art…

Je connais bien Daniel personnellement et je suis entièrement d’accord avec lui quand il affirme cela. Daniel est un philosophe, il extrapole beaucoup, il va au fond des choses, de façon psychologique… Il fait des rapports avec Nietzsch qui sont tout à fait corrects. Ce sont des réflexions que je ne pourrais même pas faire tout seul parce que je n’ai pas de maîtrise de philosophie (rire). Je regarde plus la chose du point de vue historique et du côté du littéraire. C’est difficile de définir… On peut penser à Oscar Wilde, quelqu’un de très esthète, un peu excentrique, amoureux de l’art, qui vit dans une tour d’ivoire entouré par de belles choses… On peut penser que Gainsbourg est dandy aussi, avec un côté provocation, nonchalant… Il y a aussi une autre catégorie de dandys, ceux qui se rapprochent du Prince de Galles, le nouveau roi Charles III. C’est une figure de l’élégance masculine, très droite, très sérieuse, soignée. Il y a une différence entre l’esthète qui est Oscar Wilde, la rock star et le gentilhomme, le gentleman à l’anglaise. Pour moi le dandy est un croisement des trois. Il faut avoir de la fantasy, sans tomber dans l’excentricité. Respecter les règles de l’élégance avec un peu de fantaisie. On peut dire que depuis le début du dandysme, c’est-à-dire depuis Brummell à la fin du XVIIIe et le début du XIXe siècle, il y a quand même des tendances historiques. Au début le dandy est très gentilhomme anglais, après c’est l’esthète qui arrive comme Barbey d’Aurevilly. Puis, après la Seconde Guerre mondiale, le dandysme redevient quelque chose de plus intime comme Jean Cocteau. Aujourd’hui le dandysme revient à la mode, les jeunes ont envie de s’habiller. Je sors beaucoup et dans les soirées, dans les réunions, les jeunes aiment s’habiller, alors que les gens plus âgés que nous n’y portent aucun intérêt… Ils ont fait mai 68 et ont brûlé leurs cravates, donc ils ne comprennent pas ce retour. Pour eux, mettre une cravate c’est être de droite. Le dandysme doit se situer aujourd’hui aussi dans le plaisir de s’habiller au-delà de tout caractère politique.

Vous venez de sortir le livre Du monocle et autres accessoires disparus (éditions le Chat rouge). Au début du livre vous faites un constat : vous comparez le dressing masculin à un champ de bataille. Pourquoi cette comparaison ?

Dans cette préface, je fais différents constats. Depuis longtemps, les gens ont abandonné l’amour pour l’élégance mais ils l’ont abandonné sur eux-mêmes car ils vont toujours avec plaisir voir des œuvres d’art au musée, ils s’achètent des belles voitures… Mais vis-à-vis des vêtements, c’est vrai qu’il y a un problème. Dans les années 1920, 30, 40, c’était l’ancienne aristocratie qui donnait l’exemple esthétique et moral. Tout le monde prenait cet exemple, le dimanche on s’habillait pour aller à la messe… On regardait les figures puissantes, c’est bête à dire mais les riches inspiraient les pauvres. Aujourd’hui les riches ont changé de visage. On apprécie des personnages qui sont devenus riches très rapidement , des gens qui ne font pas forcément grand-chose, qui sont célèbres parce qu’ils sont célèbres. Avant les jeunes filles voulaient se déguiser en princesse maintenant ce sont d’autres inspirations… Il y a un autre facteur aussi, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, on veut être plus libre, plus à l’aise, tous égaux… du coup il y a une sorte de nivellement vers le bas. Du coup on ne cherche pas à rendre les gens beaux, on cherche à les rendre moches. C’est aussi une question de mode, quand j’étais au lycée les jeunes étaient tous en survêtement, maintenant quand je vois des amis jeunes ils s’apprêtent, mettent des petits nœuds papillon… j’espère qu’on revient vers quelque chose de plus élégant.

Photo : Thibault Loucheux / Snobinart

Vous présentez différents accessoires disparus dans votre livre, est-ce qu’il y en a un ou deux que vous appréciez plus que les autres ?

Pour moi ce sont des accessoires un peu ridicules aujourd’hui. Cela me ferait rire d’en mettre mais je ne veux pas me déguiser non plus. C’est sûr que si j’étais un Duc Prussien je porterais le monocle (rire) avec le voiturier, le valet de chambre (rire). Plus sérieusement j’aime bien l’habit de soirée, le frac. Je le porte avec plaisir. Cela m’est arrivé de faire des soirées à Paris en frac, et ça m’amuse.

Vous avez remporté un prix avec ce livre !

Oui il a remporté le prix du plus beau livre de poche de l’année durant la soirée de la Nuit du Livre. J’en profite pour remercier une nouvelle fois le jury et à mon éditeur Le Chat Rouge dans la personne de Gérald Duchemin, qui a conçu et édité ce joli produit éditorial.

Vous avez une marque de vêtements, vous pouvez nous en parler un petit peu ?

Mon frère avait fermé son entreprise de vêtements en Italie, puis il est arrivé à Paris il y a cinq ans et en a créé une autre. On a commencé à faire des chemises et foulards imprimés avec mes dessins. Ensuite il a ouvert sa branche de sur-mesure qui marche très bien, mais nous continuons à imprimer des chemises avec de grands dessins dessus sur le thème du dandysme. Dans la première collection nous avions des portraits de Brummell et autres dandys représentés comme des icônes. Après nous avons fait une deuxième collection assez provocante car liée à l’Eglise catholique et à l’enfer. Puis nous avons recommencé à faire des personnages comme Baudelaire ou Oscar Wilde. Et nous venons de sortir une nouvelle collection autour de la culture disco française des années 1970-80 avec notamment une chemise consacrée à Jacques de Bascher. C’est un personnage que j’apprécie énormément, j’avais interviewé sur frère Wavier il y a longtemps pour Dandy Magazine.

Est-ce que pour vous la mode peut être considérée comme une discipline artistique ?

Le bout de papier sur lequel je dessine peut être considéré comme une œuvre d’art si vous le voulez. Mais mais pour ce qui concerne la mode et les produits derrivés de ces dessins, c’est de l’ordre de la décoration ou de l’illustration… Je n’ai pas la certitude qu’une création d’un grand styliste soit de l’art. On peut dire qu’un grand chef est un artiste dans son domaine, mais ça ne rentre pas dans le domaine de l’art. Je suis très classique (rire).


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