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Farran : « Confiez-nous vos trésors, nous les mettrons dans la lumière. »

Photo : Thibault Loucheux / Snobinart
Jacques Farran et Julie Le Brun ont ouvert une étude de commissaires-priseurs sur la Place de la Comédie à Montpellier. Nous sommes allés à leur rencontre afin qu'il nous présente cette profession atypique.

Pouvez-vous nous présenter votre parcours ?

Jacques Farran : Nous avons eu un parcours très proche. Nous avons tous les deux fait du droit dans nos facultés respectives, Julie à Toulon et moi à Montpellier. Ensuite nous avons réussi le concours de l’Ecole du Louvre. Nous étions dans des spécialités différentes, en art minimal et conceptuel pour ma part. Nous avons passé le concours de commissaires-priseurs, puis deux ans de formation. Je peux vous raconter une anecdote durant ma formation en Normandie. Un monsieur nous apporte un tableau qu’il avait trouvé dans son grenier, et il voulait me le vendre 300 euros, mais nous n’avons pas le droit d’acheter les œuvres d’art. Ce tableau était signé en cyrillique. J’ai travaillé tout le week-end pour trouver son auteur et je me suis rendu compte que c’était un tableau de Constantin Korovine, le plus grand impressionniste russe. C’est un tableau qui a été acheté 560 000 euros aux enchères en Normandie.

Julie Le Brun : C’est vrai que notre parcours est très proche avec des goûts très différents. A l’Ecole du Louvre j’étais spécialisée en histoires des arts décoratifs. J’ai notamment fait un mémoire sur Auguste Delaherche, un céramiste de la période art nouveau très représenté au Musée d’Orsay et au Musée des Arts décoratifs à Paris. C’est un artiste de Beauvais, et j’étais là-bas il y a quelques semaines pour donner une conférence sur cet artiste.

Pourquoi avez-vous choisi cette profession ?


Julie Le Brun : J’ai toujours été amoureuse des objets, surtout des arts décoratifs et du mobilier. J’ai souhaité faire de l’histoire de l’art et cette passion s’est confirmée en fréquentant Drouot. Je me suis dit que c’était ça et rien d’autre !

Jacques Farran : Moi je crois que c’est surtout la curiosité. C’est le métier qui récompense le plus cette qualité. Dans notre métier il faut mener l’enquête. Il y a aussi le goût de la vente. C’est un métier passionnant d’un point de vue intellectuel pour la recherche, mais aussi dans la relation avec les autres. On nous confie des trésors de famille, des objets auxquels les gens s’attachent et renvoient des souvenirs. On nous demande de les mettre dans la lumière et de les vendre au mieux, il faut être digne de cette confiance-là. 

Vous exercez une profession qui intrigue, en quoi il consiste exactement ?

Julie Le Brun : C’est vrai que ça intrigue, nous sommes 450 en France. On est beaucoup sur les routes pour aller à la rencontre des gens et de leurs trésors. On se déplace beaucoup, on passe beaucoup de temps à chercher, à téléphoner aux plus connaisseurs, il faut leur apporter les pièces… On est un peu des rats de bibliothèque et les gens ont tendance à l’oublier.

Jacques Farran : Oui, il y a tout un travail de recherche, un aspect de construction de la vente qui est le sommet de l’iceberg. C’était important pour nous de nous installer ici car c’est une ville que je connais bien et qui est marquée par une histoire artistique avec Soulages, Combas, le Support Surface… Nous proposons aussi tous les mercredis des expertises avec et sans rendez-vous de 9h à 18h. Nous sommes ouverts à tous types d’objets et ce sont des expertises qui sont gratuites. Confiez-nous vos trésors, nous les mettrons dans la lumière.

Pouvez-vous chacun nous présenter un objet et son histoire ?

Jacques Farran : J’ai choisi de vous présenter un livre, Le pèlerin d’Angkor, écrit par Pierre Loti, grand écrivain de l’exotisme et de l’orientalisme… Le cartonnage qui est en deux parties. On pourrait penser que la reliure est toute simple, mais en fait c’est uniquement la protection de la reliure qui est à l’intérieur de style art déco. Cette reliure est signée sur le second plat « Gruel » en lettres d’or. C’est la version qui a été entièrement illustrée par Paul Jouve, le grand peintre de l’art déco. On voit déjà que c’est un ouvrage de grande qualité, mais on est au-delà de ça, car on voit qu’il y a une dédicace de Jouve au propriétaire. Et ce qui est exceptionnel, c’est une œuvre originale signée Jouve. C’est beaucoup de bonheur de trouver un objet comme celui-là.

Julie Le Brun : Je vais vous présenter le Kelly. C’est un modèle iconique de la maison Hermès. Il a été créé en 1935. C’est l’évolution d’un sac du XIXe siècle qui s’appelle le Haut à courroie qui était un sac de cavalier qui servait à ranger les bottes du cavalier. Le directeur de la maison hermès a décidé de le féminiser un petit peu pour en faire un cadeau pour son épouse. Il a donc changé de nom dans les années 1950 en référence à Grace Kelly, car elle avait été prise en photo avec ce sac qui cachait sa grossesse. Cette photo avait fait le tour du monde et depuis on a appelé ce sac le Kelly. Ici nous avons justement un sac qui date des années 1950, une période marquée par les stars hollywoodiennes et du baptême de ce modèle. C’est vraiment une icône de la maroquinerie.

Photo : Thibault Loucheux / Snobinart

L’étude fera deux ventes avec des objets choisis durant deux grands temps forts. Un au mois de septembre au Kiasma à Castelnau-le-Lez où des œuvres d’art seront présentées. Une autre vente à l’Hôtel Métropole qui sera consacrée à des objets art de vivre (bijoux, vins, sacs…).

Farran-encheres.com
04 67 60 90 18 / contact@farran-encheres.com


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