La Ferme Saint-Siméon : QG des impressionnistes

Saviez-vous qu'une auberge a vu passer les plus grands artistes du XIXe siècle ? Gustave Courbet, Eugène Boudin, Claude Monet, Frédéric Bazille, Paul Cézanne... Tous ont séjourné à la Ferme Saint-Siméon, à Honfleur.

Thibault Loucheux-Legendre
Thibault Loucheux-Legendre  - Rédacteur en chef / Critique d'art
5 mn de lecture

En août 1864, Claude Monet écrit ces mots à Frédéric Bazille : « Quant à moi, je suis toujours à Saint-Siméon, on y est si heureux, j’y travaille beaucoup. »

Sur les hauteurs de Honfleur, une auberge avait été l’un des endroits décisifs dans la création de l’impressionnisme… La Ferme Saint-Siméon, surnommée aussi « Barbizon normand » ou « petit Montmartre », a été construite au XVIIe siècle, mais c’est au XIXe qu’elle a connu ses invités les plus prestigieux… L’auberge était le QG provincial des plus grands artistes français de l’époque. Jocelyn Hackforth-Jones, historienne de l’art, l’explique dans son livre À table avec les impressionnistes : « La ferme Saint-Siméon à Honfleur était l’un de leurs lieux favoris. La mère Toutain et sa fille y avaient accueilli les vagues successives d’artistes depuis le milieu du XIXe siècle, notamment Boudin, Monet, Jongkind, Sisley, Pissarro et Cézanne. Ces artistes ont mentionné dans leurs lettres les vues magnifiques qu’offrait la terrasse de la ferme et loué la beauté de la campagne environnante et des horizons marins. »

On imagine sans difficulté Eugène Boudin, Claude Monet et consorts refaire le monde à table, débattre avec passion de leur vision de l’art, tout en dégustant avec enthousiasme un plat de poisson ou une poularde à la crème, arrosés bien sûr par le cidre maison de la mère Toutain… Incontestablement, la Ferme Saint-Siméon est vue par nos artistes comme un espace de rencontres et de liberté. C’est ainsi que nous le présente Benjamin Findinier, auteur du livre La Ferme Saint-Siméon – Une légende au siècle de l’impressionnisme : « Les témoignages enjoués de ceux qui la fréquentent, particulièrement jusqu’au début des années 1880, nous transmettent l’image d’un lieu qui a parfois valeur de refuge, bien loin de certaines conventions sociales ayant cours dans la capitale. »

Si la Ferme était aussi prisée à l’époque, c’était aussi parce qu’on pouvait s’y régaler à prix modique… En 2026, les choses ont bien changé… La Ferme Saint-Siméon est aujourd’hui devenue un hôtel-restaurant de luxe qui réserve à ses pensionnaires un accueil des plus raffinés. La ferme dispose d’une belle collection de tableaux, dont un de Gustave Courbet, que les visiteurs peuvent admirer dans ses salles. Chacun à leur manière, ces artistes ont immortalisé ce lieu devenu culte à la fois pour eux, mais aussi pour nous aujourd’hui. On pense à des tableaux comme Les Tables à la Ferme Saint-Siméon (vers 1857) d’Eugène Boudin, ou encore La Route devant la Ferme Saint-Siméon (vers 1867) de Claude Monet.

Souhaitant renouer avec son passé artistique, la Ferme Saint-Siméon a décidé de lancer une résidence artistique en partenariat avec le Festival Normandie Impressionniste. C’est le peintre Julien des Monstiers qui a inauguré ce nouveau programme, comme nous l’explique le Festival : « Julien des Monstiers est apparu comme une évidence. L’artiste écorche sa peinture pour fouiller sous la surface des choses. La Ferme Saint-Siméon est, elle aussi, faite de plusieurs couches historiques. » L’artiste présente son exposition Soleil rose, orange, rouge au Musée Eugène-Boudin, situé à quelques mètres de la Ferme Saint-Siméon.

Pour enfoncer le clou, à l’occasion de cette année singulière du centenaire de la disparition de Claude Monet, la Ferme Saint-Siméon a organisé un cycle de conférences animé par des historiens et conservateurs autour du peintre impressionniste. Ces prochaines semaines, il sera possible d’assister à deux d’entre elles :

  • Jeudi 9 juillet : « Monet et le temps » par Sophie Eloy, attachée de collection, chargée des Contrepoints contemporains au musée de l’Orangerie.
  • Jeudi 1er octobre : « Monet et l’exposition » par Félicie Faizand de Maupeou, chercheuse associée au HAR et à la Fondation partenariale de l’université Paris Nanterre, Chaire ACP, cheffe de projet du programme Impressionnisme.
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Par Thibault Loucheux-Legendre Rédacteur en chef / Critique d'art
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Après avoir étudié l'histoire et le cinéma, Thibault Loucheux-Legendre a travaillé au sein de différentes rédactions avant de lancer Snobinart et de se spécialiser dans la critique d'art contemporain. Il est également l'auteur de plusieurs romans. 06 71 06 16 43 / thibault.loucheux@snobinart.fr
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