Théâtre Molière Sète : Le bilan de fin de saison de Sandrine Mini

La saison 2021-2022 devait être celle de la résurrection, du retour des libertés créatives et du public dans les salles. Après les innombrables difficultés, le spectacle vivant retrouvait enfin une raison d’être essentiel. Pour notre numéro de rentrée, nous avions choisi comme couverture une salle de théâtre public. Quelques mois plus tard, qu’en est-il de ces arts de la scène ? Voici le bilan de fin de saison de Sandrine Mini, directrice du Théâtre Molière de Sète.

Peter Avondo
Peter Avondo  - Critique Spectacle vivant / Journaliste culture
5 mn de lecture

Un coup de cœur à garder

J’en garderai trois. D’abord, la création NYX de Camille du Théâtre du Centaure de Marseille, sur un texte de Fabrice Melquiot. La puissance de ce qu’elle dégage au plateau avec son étalon, résultat de 10 ans de travail, est tout simplement fulgurant. Ensuite, Arca Ostinata, opéra pour théorbe de Nino Laisné dont la scénographie tel un écrin précieux semblait tout simplement avoir été créée pour le Théâtre Molière. Enfin, le spectacle de Flamenco Fandango de David Coria au théâtre de la Mer. C’est la première fois que la scène nationale présente un spectacle dans ce lieu et cette création du jeune prodige du flamenco fut une soirée intense !

Un coup de gueule à pousser

Décrochez de vos écrans et revenez voir du vivant !! Les théâtres et leurs équipes se battent pour soutenir la création, sauvegarder l’emploi artistique et tout ce fragile écosystème qu’est notre secteur… public il y a urgence à revenir dans les lieux sinon bientôt le spectacle vivant ce sera du streaming et rien d’autre… quel gâchis…

Un regret, peut-être

Nous avons voulu sauvegarder un maximum de projets, de nouvelles créations et avons également reporté plus de 25 spectacles. Cela a constitué une saison très riche, sans doute trop et occasionné de la fatigue pour notre équipe afin de défendre au mieux les spectacles. Si la première partie de saison de septembre à Noël s’est plutôt bien déroulée, le premier trimestre 22 avec le surgissement du variant Omicron a impacté fortement la fréquentation. Des spectacles en report qui étaient complet en 2020 ont été difficiles à remplir. Les recettes de billetterie composent une large part de notre modèle économique et nous sommes inquiets sur cette année 22. C’est d’ailleurs une préoccupation que je partage largement avec nombre de mes collègues du secteur.

Un espoir, sans doute

Avec une saison 22/23 plus équilibrée et qui compte mécaniquement moins de spectacles et de levers de rideau, nous devrions revenir à un fonctionnement plus habituel, à la fois pour l’équipe du théâtre mais aussi en terme d’offre pour les publics. Et puis en novembre un temps fort sur la Sicile avec entre autre la metteuse en scène Emma Dante promet de grands moments d’émotion !

J’espère que les publics seront sensibles aux choix variés, exigeants, mais aussi joyeux qui a guidé la fabrication de cette nouvelle saison. La rencontre réussie entre une œuvre et le public est vraiment ce qui nous anime et lorsque la salle vibre à l’unisson alors là nous savons que c’est réussi !

Nous avons également construit avec l’équipe différents moments de convivialité autour des propositions artistiques pour que notre théâtre soit encore plus ouvert sur la cité, la grande fête de rentrée du 17 septembre sera nous l’espérons un grand moment de retrouvailles après la fermeture estivale !

Une anecdote qui flatte l’égo

Une salle debout en novembre 21 à la fin du spectacle Trewa de la metteuse en scène chilienne Paula Gonzalez Seguel, alors que 5 acteurs sur 20 avaient été empêchés de jouer, qu’elle avait réécrit le texte dans la journée et avait fait répéter les comédiens jusqu’à une heure avant de jouer… La magie et la grâce… mais aussi la nécessité absolue de la parole théâtrale pour cette metteuse en scène mapuche, voix vibrante de la défense des communauté autochtones d’Amérique latine.

Saison 21-22 : échec ou réussite ?

Des moments d’émotion partagés avec les 2×800 spectateurs pour Brassens a 100 ans, le spectacle hommage de François Morel, mais aussi de grands moments de solitude lorsqu’il faut annuler une seconde date d’un spectacle faute de remplissage ou encore reporter pour cause de Covid… Nous avons fait notre travail le plus honnêtement et consciencieusement possible, les artistes nous en sont infiniment reconnaissant et le public à n’en pas douter est aussi conscient de cela.

Partager cet article
Avatar photo
Par Peter Avondo Critique Spectacle vivant / Journaliste culture
Suivre :
Issu du théâtre et du spectacle vivant, Peter Avondo collabore à la création du magazine Snobinart et se spécialise dans la critique de spectacle vivant. Il intègre en mars 2023 le Syndicat Professionnel de la Critique Théâtre Musique Danse. 06 22 65 94 17 / peter.avondo@snobinart.fr
Laisser un commentaire

Abonnez-vous au magazine Snobinart !