Adapté de la pièce de théâtre écrite en 1960 par l’écrivain et scénariste Vahé Katcha, Le Repas des Fauves nous plonge durant l’année 1942 dans un salon bourgeois parisien où sept amis, s’accommodant tant bien que mal de l’occupation allemande, fêtent l’anniversaire de leur hôte dans une joyeuse et étrange normalité, malgré le conflit qui les encercle et qu’ils ne résument qu’à des divergences d’opinions politiques. Pourtant lorsque deux officiers Allemands sont abattus à leur porte, la guerre s’invite dans toute sa cruelle injustice à leur diner, sous les traits d’un commandant SS qui, par représailles, réclame deux otages dans chaque appartement de l’immeuble et qui dans sa mansuétude leur laisse la liberté de choisir qui seront parmi eux les deux malheureux à l’accompagner.
La médiocrité des gens bien
Dans cette comédie dramatique, à la mise en scène fine et millimétrée qui ajuste parfaitement le curseur entre rire et violence, opposant à la joie d’un banquet d’anniversaire un extérieur hostile incarné par les illustrations animées de Cyril Drouin, se pose aux personnages un dilemme moral : mourir pour sauver les autres ou laisser mourir les autres pour se sauver soi-même. Face à leurs peurs, leurs remords et leurs instincts de survie, ces amis tantôt touchants, tantôt abjects, tantôt drôles et spirituels, tantôt tragiques et primaires, ne manquent jamais de nous faire rire entre deux atrocités et amènent peu à peu le spectateur se tortillant sur son fauteuil entre deux rires à s’interroger – et moi, lequel d’entre eux serais-je ?
Magnifiquement servis par une troupe de comédiennes et comédiens parfaits à l’alchimie réjouissante, les personnages nuancés et crédibles, jamais dans la caricature même dans l’excès, nous touchent et, dans leurs partitions tour à tour brillantes d’ignominie puis d’humanité, à travers leurs grandes lâchetés et leurs petites bravoures, nous posent cette question morale ultime « Tout est-il pardonnable quand il s’agit de sauver sa vie » ?
Un spectacle intelligent dont on sort ravi. À voir, ou à revoir, sans modération.
Le Repas des Fauves d’après l’œuvre de Vahé Katcha
Mise en scène et adaptation Julien SIBRE
Au théâtre Hebertot
À partir du 1er décembre 2025


