Des portiques, un plateau nu. Centre de détention pour mineurs de Mont-de-Marsan. Eva nous accueille, 16 ans, abandonnée à la naissance, sweat à capuche rouge et visage fermé par la colère. Malgré les tentatives de son éducateur, de son ami ou du psychologue, rien n’y fait, en elle gronde une guerre qui la consume et aucune autorité ne paraît acceptable. Jusqu’au jour où le notaire lui annonce le décès de cette mère inconnue et lui remet un appareil photo, un dictaphone et des cassettes où la voix de celle qui l’a abandonnée s’étale durant des heures et des heures d’enregistrements. D’abord dans le rejet, Eva va bientôt dévorer les bandes enregistrées et découvrir Anna Duval, reporter de guerre. Cette plongée dans une décennie de journalisme, de la guerre du Liban à la chute du mur de Berlin lui permettra-t-elle de comprendre ? Elle-même, sa mère et ses origines ? Car après tout, bon sang ne saurait mentir…
Libertés et conséquences
Aïda Asgharzadeh à la plume et Nikola Carton à la mise en scène signent ici un spectacle peignant avec autant de justesse un portrait sans concession de ces « Kamikazes » de l’information appareil photo au poing face aux balles, que celui d’une relation mère-fille touchante par sa maladresse. La photo-reporter Anna Duval, (brillante Magali Genoud) incarne la détermination et la liberté d’une femme ne vivant que pour son métier quitte à s’oublier elle-même et pour qui la maternité devient vite le plus grand des conflits. Alors qu’Eva (Maëllis Adalle), ayant grandi avec les conséquences de la liberté de sa mère, cherche une voie vers l’âge adulte. Pourtant mère et fille pourraient bien, à défaut de se connaître, parvenir à se sauver l’une de l’autre.
La trame non linéaire de la narration nous captive et chaque nouvelle pièce de l’immense puzzle qui se construit sous nos yeux révèle des personnages aussi attachants qu’admirables. La mise en scène est énergique, drôle et sensible. La scénographie épurée et efficace ; un simple accessoire nous rend crédible un changement de personnage, exercice de style qu’Azeddine Benamara exécute avec une facilité réjouissante. Mention au travail son et lumière qui nous mènent avec fluidité d’un salon de psy à une scène de guerre avant d’atterrir dans une salle de sport pour ado.
Une histoire d’amour filiale prenante et un bel hommage aux reporters de guerre présents sur les fronts du monde pour combattre l’indifférence et le silence. Juste et fort.
Le dernier cèdre du Liban Théâtre de l’œuvre
Jusqu’au 04 janvier : du jeudi au samedi
19h – les dimanches à 15h30
À partir du 8 janvier : du jeudi au samedi
21h – les dimanches à 15h30
Durée : 1h15


