La Galerie Sobering

Gérée par Patricia Kishishian et Baptiste Léger, la Galerie Sobering est un espace où l'art se vit avec passion. Soucieux d'accompagner leurs artistes de l'atelier jusqu'aux murx des collectionneurs, les deux galeristes partagent des univers qui se développent autour d'une peinture figurative solaire avec une promesse : « On fonctionne avec le cœur. »

Thibault Loucheux-Legendre
Thibault Loucheux-Legendre  - Rédacteur en chef / Critique d'art
7 mn de lecture

La Galerie Sobering, c’est l’histoire d’une rencontre. On oublie trop souvent de parler de la dimension humaine dans le monde de l’art. Les rapports peuvent parfois paraître mondains, superficiels, intéressés… Mais pas toujours. J’ai eu la chance de rencontrer plusieurs artistes et galeristes qui m’ont prouvé que la lumière d’une rencontre sincère guidée par une passion commune pouvait jaillir de ce milieu.

Attiré par l’exposition « Jump Cut » consacrée au cinéma, je franchissais le pas de la porte de la Galerie Sobering. Chaque artiste présentait une œuvre en rapport avec le septième art.

Le sujet est simple, direct, ludique et les œuvres lumineuses, figuratives, intimes… J’aime ça. lors que je regardais les œuvres, Patricia Kishishian, la galeriste, m’interpelle sur le nom « Snobinart » qui est inscrit sur mon tote bag : « J’adore votre sac ! » Il n’en fallait pas plus. Patricia et son associé Baptiste Léger me partageaient avec passion l’univers des créateurs accrochés sur les murs. Depuis, chacune de mes visites à la Galerie Sobering est synonyme de partage. Un dialogue véritable naît et les sujets fusent… De Pierre Restany à la Figuration narrative, en passant par des sujets de société… C’est un espace d’échange, de confiance et de tolérance où le temps semble se figer.

La Galerie a ouvert ses portes en 2013. Patricia Kishishian se rappelle la genèse de cette aventure : « En 2012, avec mon mari Jean- Claude Ghenassia, nous avons ouvert une petite galerie rue de Poitou, mais ce n’était pas vraiment une galerie d’art comme celle d’aujourd’hui. Elle venait dans la continuité de notre travail d’éditeur. On éditait un magazine qui s’appelait Annual et on vendait des éditions limitées. Nous avions pris cette galerie pour montrer ces éditions limitées. Mais nous, nous ne pouvions pas nous limiter ! Donc on montrait des œuvres uniques aussi. Un an après, nous passions rue de Turenne et nous avons vu cet espace, on l’a loué et après les travaux nous avons fait une première exposition avec Robert Janitz. On a tout vendu, c’était très prometteur ! »

Baptiste Léger a rejoint l’aventure un peu plus tard : « ça fait plus de quatre ans que j’ai rejoint la galerie. Je suis entré en tant que stagiaire. Je passais dans la galerie comme visiteur. J’avais longuement parlé des artistes, de la galerie, de la vie avec Monsieur Ghenassia. Il m’a demandé ce que je faisais dans la vie, je lui ai répondu que j’étais étudiant chercheur en histoire de l’art et à la recherche d’un stage. Je lui ai demandé s’il cherchait un stagiaire, il m’a répondu « non, mais maintenant oui ».

Il m’a rappelé le lendemain et m’a donné un rendez-vous le jour même. Il m’a donné les clefs de la galerie et m’a dit « on va faire un long chemin ensemble. » Il m’a tout appris, surtout une générosité de transmission et un grand intérêt pour l’humain. »

Pendant plusieurs années, la Galerie Sobering alternait entre jeunes artistes contemporains et d’autres plus reconnus comme Pavlos. Aujourd’hui, Patricia Kishishian et Baptiste Léger poursuivent cette aventure et présentent des créateurs qui ont entre vingt- quatre et soixante ans. Ils ont avant tout la volonté de partager leurs découvertes comme nous l’explique Baptiste Léger : « On découvre beaucoup de jeunes qui n’ont jamais exposé en galerie. Nous ne sommes pas uniquement des vendeurs, il y a tout un accompagnement autour des artistes. On échange beaucoup avec eux sur chacune des œuvres, ils nous envoient des photos de pièces en cours… C’est ça toute la beauté de ce métier, voir des œuvres naître dans les ateliers de nos artistes, les exposer ici et les voir trouver leur place chez un collectionneur. On aime participer à ce voyage de l’œuvre. On fonctionne avec un côté très humain, avec le cœur. » Autre volet important, la relation avec les institutions pour faire connaître les artistes dans des collections. Thomas Andrea Barbay, pointilliste qui est représenté par la galerie depuis son ouverture, a réalisé plusieurs œuvres qui ont été acquises par des Frac.

D’un point de vue esthétique, la galerie assume pleinement de défendre des coups de cœur et une certaine ligne artistique. Les galeristes présentent des peintures figuratives solaires, qu’ils aiment définir comme de la « peinture californienne ». On retrouve les grands sujets de l’histoire de l’art comme des scènes d’intérieur avec des artistes comme Brice Blanqué, Kate Lewis ou Hogan Brown, les paysages de Craig Cameron-Mackintosh, Steffen Kern ou Adrien Fricheteau, ou encore des natures mortes comme celles de Kate Mary, Paul Riedmüller ou Ivan Arlaud, l’un des artistes de la galerie qui remporte un grand succès auprès des collectionneurs français et étrangers. Les sujets peuvent paraître « classiques », mais s’inscrivent dans notre époque grâce à leur regard singulier et résolument contemporain.

La Galerie Sobering présente également un volet « artistes LGBT » qui compte des peintres comme Jean Bosphore, Victor Siret, Logan T. Sibrel ou Loïc Burzotta.

Treize ans plus tard et malgré les difficultés d’une vocation si singulière, la Galerie Sobering poursuit son aventure et les galeristes sont toujours animés par cet amour pour l’art. Patricia conclue : « c’est une passion. C’est quelque chose qui nous lève chaque matin, ça nous enthousiasme de voyager pour les artistes, pour la galerie. C’est le cœur de notre vie. » Un espace de partage et de découvertes qui est à retrouver au 87, rue de Turenne.

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Par Thibault Loucheux-Legendre Rédacteur en chef / Critique d'art
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Après avoir étudié l'histoire et le cinéma, Thibault Loucheux-Legendre a travaillé au sein de différentes rédactions avant de lancer Snobinart et de se spécialiser dans la critique d'art contemporain. Il est également l'auteur de plusieurs romans. 06 71 06 16 43 / thibault.loucheux@snobinart.fr
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