Mrac : 3 expositions, 3 artistes femmes, 3 générations

Promouvoir l’accessibilité et rendre compte de toute la diversité de l’art contemporain : telle est la mission que relève brillamment le MRAC de Sérignan. Installé dans une ancienne cave viticole, le musée déploie 3 200 m2 d’exposition au cœur d’une ville à taille humaine, offrant une programmation aussi exigeante qu’éclectique.

Pauline Bailly
Pauline Bailly  - Critique d'art
3 mn de lecture

Jusqu’au 22 mars, les espaces du Mrac réunissent trois artistes femmes de générations différentes : Sylvie Fleury, figure internationale de l’art contemporain, Anna Meschiari, jeune artiste lauréate du Prix Occitanie Médicis 2024 et Armelle Caron, artiste ancrée dans la région Occitanie.

La première immersion se fait avec l’installation d’Anna Meschiari, lauréate du Prix Occitanie Médicis 2024. Dans Les dormeur.euse.x.s, l’artiste rassemble vidéo, peinture, toiles libres, sculpture et architecture au sein d’un dispositif total. Nourrie par son séjour à la Villa Médicis et par les figures des architectes Marta Lonzi et Plautilla Bricci, elle compose un répertoire de formes et d’intentions où le dialogue entre intérieur et extérieur devient central. La déambulation agit ici comme un véritable moteur narratif : un premier espace plongé dans la pénombre, où seules les vidéos percent l’obscurité, puis une seconde séquence où murs, plafond et mobilier se fondent dans une peinture immersive aux motifs pastel, rompant radicalement avec l’atmosphère caverneuse initiale.

Comme un fil conducteur chromatique, la visite se poursuit avec Le ressac des cahiers jaunes, d’Armelle Caron. À la manière d’un cabinet de curiosités, l’artiste dévoile l’intimité de son atelier : carnets de recherche, croquis, outils, fragments. L’atelier devient alors une exposition à part entière, ponctuée des œuvres de l’artiste, comme ses iconiques cartes de ville qu’elle vient “ranger” comme un puzzle dans Rome rangée, 2025.

Entre géométrie et herbier, plans et structures, Sylvie Fleury interroge l’architecture, la couleur, mais c’est surtout l’omniprésence de la nature qui guide sa création.

Cette présence organique agit alors en contraste avec l’univers de Sylvie Fleury. Chez cette artiste de renommée internationale, l’esthétique acidulée (néons, fluo, paillettes) emprunte aux codes de la société de consommation pour mieux en révéler les vices. Derrière le vernis séduisant et les stéréotypes féminins qu’elle détourne, se déploie une satire acérée de l’ultraconsommation.

Avec Insolence (2007), l’artiste pousse le geste jusqu’au ready-made de luxe : le budget de production alloué par la galerie est intégralement consacré à une séance de shopping haut de gamme. Les sacs deviennent l’œuvre, les articles achetés demeurent intacts dans leurs emballages d’origine. Quand le culot devient une stratégie critique.

Trois propositions radicalement différentes, mais subtilement articulées. Trois générations, trois écritures, trois manières d’habiter le monde contemporain. Ensemble, elles composent un parcours cohérent et vibrant, capable de toucher aussi bien les visiteurs amateurs que confirmés.

Sylvie Fleury, Thunderb Anna Meschiari,
Les dormeur.euse.x.s, Armelle Caron,
Le ressac des cahiers jaunes

au Mrac Occitanie (Sérignan)
Jusqu’au 22 mars 2026

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Par Pauline Bailly Critique d'art
pauline.bailly@snobinart.fr
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