Culture Expos

La caverne dans l’art

"Jardin d'hiver" Jean Dubuffet, Centre Pompidou Paris - Photo : Thibault Loucheux / Snobinart
La caverne est considérée comme le lieu originel de l'art. C'est sur ses murs que les premiers hommes ont réalisés les premières créations que l'on considère aujourd'hui comme artistiques. Que cela soit conscient ou non, on s'aperçoit que la grotte dispose d'une place toute particulière chez de nombreux artistes contemporains. Dans plusieurs expositions actuelles, la grotte est représentée à travers différents médias artistiques. Focus sur quelques-unes de ces réalisations.

Tout commence avec l’apparition de l’art chez les hommes préhistoriques. Les plus anciennes représentations figuratives connues sont les peintures rupestres de Bornéo en Asie du Sud-Est durant le Paléolithique. Elles sont datées entre 52 000 et 40 000 ans avant J.-C. En France, nous connaissons la Grotte Chauvet dans la Vallée de l’Ardèche et la Grotte de Lascaux en Dordogne. Pour Georges Bataille, ces peintures sont synonymes du passage de l’animal à l’homme : « jamais avant Lascaux nous n’atteignons le reflet de cette vie intérieure dont l’art – et l’art seul – assume la communication. » Si Bataille oppose donc Homo Sapiens et Néandertal, pensant que le premier est capable de réaliser l’acte de création et le second non. On sait aujourd’hui que cela est faux et que Néandertal aussi connaissait ces pratiques « artistiques ». 

Si pour nous ces peintures sont considérées comme de l’art, nous ne savons pas quelles significations les hommes préhistoriques souhaitaient donner à ces représentations. Pour certains ce sont des témoignages de religion, d’autres la vie, le sexe, une organisation, une cartographie… Pour d’autres restés bloqués quelques décennies en arrière, les premiers hommes souhaitaient faire du beau… Michel Onfray s’oppose à cette idée, pensant que des prémices de l’art jusqu’à l’art contemporain d’aujourd’hui, l’homme à toujours voulut produire du sens.

Quoi qu’il en soit, l’homme a réalisé ses premières créations artistiques dans les cavernes. Tout comme ces productions, la fonction de la grotte à l’époque est floue tant nous ignorons la vision du monde de ses habitants à l’époque. Qu’elles soient une habitation, des sanctuaires, des lieux de transe ou de chamanisme… ce ne sont que des suppositions. Ce que nous savons, c’est que ce sont elles qui ont servi de support à une grande partie de la création préhistorique qui a résisté au temps.

Ces lieux des origines sont restés très inspirants pour les penseurs et les artistes. Comment ne pas penser à l’allégorie de la caverne de Platon ! Cette même allégorie qui, par ailleurs, est représentative de la vision de l’art du penseur grec, qui voit dans les représentations picturales des apparences que nous prenons pour la réalité. La caverne n’est pas qu’un espace, elle est un symbole. Depuis des siècles, elle est représentée par les plus grands artistes comme Gustave Courbet qui a peint la Grotte de la Loue, La Condition humaine de Magritte, ou encore Jean Dubuffet et son Jardin d’hiver au Centre Pompidou…


Aujourd’hui, la caverne inspire encore de nombreux artistes contemporains. Nous avons décidé de faire un focus sur plusieurs œuvres visibles actuellement sur notre territoire.

Grotta Profunda Approfundita de Pauline Curnier Jardin pour l’exposition Pour la peau de Jessica Rabbit au Crac à Sète

Grotta Profunda Approfundita de Pauline Curnier Jardin – Photo : Thibault Loucheux / Snobinart

Grotta Profunda Approfundita est une œuvre de la plasticienne, cinéaste et performeuse Pauline Curnier Jardin, née en 1980 à Marseille. Elle grandit entre la Camargue et les Cévennes avant d’être diplômée de l’école des Beaux-Arts de Cergy ainsi que de l’école des arts décoratifs de Paris. Artiste aux multiples références, c’est dans ces sources qu’elle tire sa singularité. Inspirée autant par l’histoire, la mythologie, les religions, le conte que par le cinéma (horreur, Série Z), Pauline Curnier Jardin revisite ces références pour créer des figures s’opposant les stéréotypes et interrogeant sur la représentation du corps.

Grotta Profunda Approfundita est actuellement exposée au Crac à Sète à l’occasion de l’exposition Pour la peau de Jessica Rabbit (à découvrir jusqu’au 8 janvier 2023). Cette œuvre contient deux pièces. La première est un film réalisé en 2011 suite à une résidence de Pauline Curnier Jardin à la Casa d’Oro au Mas d’Azil. La commissaire de l’exposition au Crac, Marie Cozette, nous explique ce film : « une relecture burlesque de l’histoire de Bernadette Soubirous qui vit apparaître la vierge à plusieurs reprises dans une grotte des Hautes-Pyrénées et qui a fait de Lourdes le lieu de culte et de pèlerinage mondial que l’on connaît aujourd’hui. » Pauline Curnier Jardin s’approprie cette histoire religieuse et puise dans ses références pour offrir son univers artistique marqué par l’imaginaire. Habituellement peu réceptif à la vidéo dans les expositions, il faut admettre que les images de l’artiste sont captivantes, voire hypnotisantes. La deuxième œuvre du même nom est une installation réalisée à l’occasion de la Biennale de Venise en 2017. Nous pénétrons comme dans une grotte à travers une main géante dans un environnement organique en forme de placenta. Cet espace devient le lieu de visionnage du film inspiré de l’histoire de Bernadette Soubirous. Grotta Profunda Approfundita est une œuvre immersive qui nous plonge dans l’univers plastique et filmique d’une grande artiste.

Yemaya de Saïd Afifi pour la Biennale artpress des jeunes artistes à la Panacée à Montpellier

Yemaya de Saïd Afifi – Photo : Thibault Loucheux / Snobinart

Cette année, la Biennale des jeunes artistes organisée par la revue artpress s’est organisée à Montpellier. Trente-deux artistes récemment sortis des écoles d’art françaises sont exposés à la Panacée, au Musée Fabre et à l’espace Dominique Bagouet jusqu’au 8 janvier 2023. On peut alors se rendre compte que l’un d’entre eux a travaillé autour de l’espace rocheux.

Saïd Afifi explore une recherche autour des arts numériques. La revue artpress nous explique : « dans le cadre de ses premières recherches menées grâce au logiciel Google Earth, il se confronte à un rapport physique et documenté du territoire précédemment parcouru virtuellement ». Dans son œuvre Yemaya (« la mère dont les enfants sont comme des poissons ») qui est le nom d’une déesse afro-caribéenne des océans, il s’intéresse aux images de Louis Boutan (inventeur de la photographie sous-marine à la fin du XIXe siècle) et s’associe avec le CNRS dans le but de réaliser une photogrammétrie d’une grotte sous-marine. Il parvient à capter une multitude de points de vue, créant ainsi une vision tridimensionnelle de l’espace. Ainsi, le spectateur est invité à découvrir cette grotte grâce à la réalité virtuelle. Une fois avoir installé le casque VR, nous plongeons dans un univers à la fois chaotique et sublime qui laisse une grande place à l’imaginaire.

Antre, brèche et grotte de Guillaume Boilley à la Galerie chantiersBoîteNoire

Antre, brèche et grotte de Guillaume Boilley – Photo : Thibault Loucheux / Snobinart

Intéressé par la peinture de paysage, Guillaume Boilley tente de s’extirper de la vision classique de la peinture avec la volonté de revisiter un accrochage classique. Le paysage étant par nature changeant, Guillaume Boilley souhaite lui aussi le changer en y apportant une nouvelle forme artistique par l’installation d’une projection sur son image picturale. Grâce à cette image en mouvement sur la toile, il amène le spectateur à être intrigué et ainsi a rester plus longtemps devant la peinture.

C’est lors d’une résidence à Maison Daura (Saint-Cirq-Lapopie dans le Lot) que Guillaume Boillet se lance dans une recherche. Plongé dans une nature pleine de roches, il découvre ce qu’il appelle « les premiers artistes » : « ces artistes de la préhistoire, nous avons 30 000 ans d’écart, mais ce sont les mêmes que nous. Je m’attendais à voir des grottes ornées avec des peintures de partout… Mais non. Pourquoi il a fait ce dessin à tel endroit plutôt qu’un autre… Cela questionne même l’accrochage. Est-ce que ces grottes n’étaient pas leurs galeries ? J’ai eu la chance de visiter la grotte de Pech Merle avec le directeur et à un moment il a éteint les lumières dans la grotte afin qu’on puisse se rendre compte de l’obscurité. On ne ressentait plus que l’écho. A l’époque préhistorique, ils avaient une petite lampe, juste une petite flamme… Si la flamme s’éteignait, ils se retrouvaient dans le noir total… » 

Cette rencontre avec la grotte a fasciné Guillaume Boilley. Ce dernier utilisant le médium de la peinture, se retrouver dans le lieu originel l’inspire pour sa série Antre, brèche et grotte exposée à la Galerie chantiersBoîteNoire jusqu’au 19 novembre. Pour ce travail, l’artiste n’a pas souhaité peindre des grottes ornées, mais des fragments de grottes. Ces petits formats s’apparentent presque à des bouches ouvertes, comme l’intérieur d’une « gorge ». Loin d’être réalistes, ces peintures se rapprochent plus du cartoon, créant ainsi une image beaucoup plus qu’une reproduction.


Ajouter un commentaire

Cliquez ici pour laisser un commentaire

Abonnez-vous à notre Newsletter !

Recevez les dernières nouveautés de Snobinart, les articles les plus récents, et restez informé(e) de la publication du prochain numéro.

Suivez-nous aussi sur :