Art de vivre Entretien Mode

Entretien avec Elisabeth Haury : « La mode c’est dans mon sang »

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© Peter Avondo - Snobinart
Elisabeth Haury a ouvert Brad Boutique en 2020, juste avant la pandémie. Malgré cette période de troublée, sa boutique est devenue une référence de la seconde main à Montpellier. Elle nous raconte son parcours atypique dans le monde de la mode aux Etats-Unis et en France, son engagement écologique et sa volonté de rendre la seconde main accessible à tous.

Est-ce que vous pouvez nous expliquer votre parcours ?

C’est une longue histoire parce que j’ai connu pas mal d’année (rire). Je suis né aux Etats-Unis, à dix-huit ans je suis parti à New-York et j’ai fait l’école de Fashion Institut of Technologie et après j’ai fait une école de journalisme. A un moment j’ai fait un stage avec deux magazines de mode, je travaillais comme styliste photo, productrice, on organisait les prises de vue… On a voyagé partout, on a fait des défilés à Paris, on travaillait avec les top-modèles, on travaillait les prises de vues, le maquillage… on était toute une équipe. Et après cinq/six ans je suis devenu rédactrice. J’étais très jeune, c’était dans les années 1980 à New York et j’étais dans le magazine à fond. C’était le magazine Sportswear International, il y avait des photos et des infos avec une vue journalistique sur les jeans, le textile… On a complété ça avec un autre magazine sur lequel il y avait toujours deux vedettes sur la couverture un homme et une femme qui ne se connaissaient pas. Ils se rencontraient, ça créait une petite ambiance de mode, star, célébrité… C’était l’époque où on créait les magazines avec de la colle, on collait les éléments et on envoyait à l’imprimeur.

Ensuite vous êtes parti sur le vieux continent…

Oui ça faisait un moment que je voulais venir en Europe et en 1994 je suis arrivé à Paris. J’ai travaillé dans la mode comme freelance dans les bureaux d’intendance avec des agences de mode et de pub. Et j’ai travaillé aussi avec Le Jardin des modes, c’était l’un des plus anciens magazines de mode, encore plus ancien que Vogue. C’est un magazine formidable avec du style, de belles photos, du design… Puis j’ai eu des enfants et j’ai déménagé dans le sud de la France. J’ai vécu à la campagne pendant seize ans, pas très loin d’ici. J’ai commencé à travailler dans la communication et le tourisme. Du coup j’ai travaillé pour l’Europe du Nord en invitant des journalistes, c’était en lien avec l’aéroport de Béziers / Cap d’Agde. On travaillait sur toute la région du Languedoc.


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© Peter Avondo – Snobinart

La mode est rapidement revenue à vous ?

Oui, c’est revenu. La mode c’est dans mon sang. J’ai commencé à chiner un peu partout et j’ai ouvert un pop-up store dans ma maison à la campagne. C’était un peu la folie… Je voulais vraiment avoir un autre regard sur la deuxième main. Moi mes racines c’est la passion de la mode, du textile, du personal style. Mais il fallait ajouter à ça le recyclage ! Penser que la planète meurt. Les vêtements sont le deuxième polluant dans le monde entier. Et en plus je voulais créer une communauté. J’ai des clientes ici, je chine localement, je n’achète pas dans les entrepôts… Je n’achète pas de vêtements qui viennent des Etats-Unis ou autre parce que ça n’a aucun sens, les pièces font le tour du monde. Donc j’essaie vraiment d’être dans le local.

C’est avec cette idée que vous avez ouvert Brad boutique à Montpellier ?

Oui j’ai ouvert début 2020, il y a eu le Covid six semaines plus tard, c’était vraiment une déception parce que je ne voulais pas faire du click&collect ou vendre en ligne avec des millions de gens qui font ça. Je voulais rencontrer les gens, discuter, avoir un endroit pas cher, propre, facile pour voir les pièces. Mais au moins j’avais une petite idée de ce que ça allait donner et c’était très positif. Du coup cette période m’a permis de faire un site, de vendre malgré tout en ligne et de faire tout ce qu’il fallait faire pour passer cette période-là.

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© Peter Avondo – Snobinart

Malgré le Covid la réussite est là !

Je crois que le Covid a renforcé l’envie des gens de se retrouver, de se voir. J’ai vraiment une clientèle entre 14 et 80 ans et c’est très intéressant. En général, quand les gens pensent « vintage » ils pensent à un camion incrusté sur le mur, ils pensent à des éléments de déco anciens. Mais quand j’ai acheté, je voulais quelque chose de neuf avec juste une petite touche vintage. Quand les gens rentrent, ils sont surpris que ce soit une boutique avec des pièces de seconde main. Je voulais vraiment que les vêtements soient bien mis en avant, que ça ne soit pas fatigant de chiner, rendre la seconde main agréable. C’était la première fois qu’on voyait ça à Montpellier, maintenant on le voit un peu plus, mais on était dans une démarche comme à Berlin, New-York, Londres… On est dans une volonté que ce soit accessible pour tout le monde. C’est très important pour moi que tout le monde soit accepté chez nous sans discrimination. Tout le monde est bienvenu, il n’y aura jamais de regard de travers. On a des gens qui sont en souffrance, qui ont besoin de discuter. Certaines personnes rentrent et me disent qu’ils ont été rejetés par d’autres boutiques, ici c’est pas possible. Peu importe les finances, la taille, la couleur… Il y a beaucoup de femmes qui sont mal. Beaucoup n’aiment pas une partie de leur corps, les cheveux, les jambes, les fesses… Je suis trop grosse… Je suis trop mince… C’est insupportable. Il faut vraiment sortir de ces mauvaises pensées, c’est très négatif pour les femmes. Une fois il y a une femme avec qui je discutais, elle a essayé des choses, elle était très belle. Je lui ai dit que ses yeux étaient magnifiques. Elle a commencé à pleurer. Elle n’avait pas reçu un compliment de quelqu’un qui la regardait depuis je ne sais pas combien de temps. C’est pourquoi ici il faut qu’on se sente bien. Brad c’est pour tout le monde et c’est très important pour moi. 

Vous avez ouvert une deuxième boutique juste à côté ?

Oui j’ai ouvert la deuxième mi-octobre 2021 ? Elle est un peu différente. Dans la première c’est un peu plus féminin. Dans la seconde c’est un peu plus mixte, ou pour homme et dans une démarche d’avoir des collaborations avec d’autres créateurs qui chinent ou qui customisent les vêtements. On veut que ces vêtements soient accessibles, qu’ils ne coutent pas une fortune. J’essaie de créer des événements comme celui que je fais jusqu’à la fin du mois de janvier qui s’appelle le Big BRADerie. J’invite les particuliers à venir, à vider leur placard et de vendre leurs vêtements sur place. Comme ça ils nous confient leurs vêtements et on s’occupe de tout. On essaie vraiment de créer une ambiance authentique.

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© Peter Avondo – Snobinart

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