Les femmes sont les grandes oubliées de l’histoire de l’art… Une discrimination qui s’est perpétuée à travers les siècles et que notre époque tente et que notre époque tente de briser. En plus de remettre les pendules à l’heure, les recherches entreprises permettent à tous de découvrir des artistes femmes qui ont activement participé aux grands mouvements qui se sont succédés.
Le mouvement surréaliste ne fait pas exception à la règle. Si de grandes monographies ont déjà été consacrées à des artistes comme Salvador Dalí, René Magritte, Giorgio de Chirico ou encore Max Ernst… peu connaissent le nom de Leonora Carrington.
Qui était Leonora Carrington ?
Née en 1917 dans le Lancashire, en Angleterre, Leonora Carrington grandit dans une famille issue de la haute bourgeoisie industrielle. Plongée dans les récits, les contes et la mythologie, elle dessine très jeune des personnages fantastiques inspirés par cette passion. Durant son adolescence, elle se forme à Florence où elle découvre les grands maîtres de la Renaissance italienne, avant de revenir en Angleterre pour étudier à la Chelsea School of Art de Londres. L’année 1936 est fondatrice dans sa carrière car elle rencontre son futur compagnon Max Ernst et découvre le surréalisme avec l’exposition International Surrealist Exhibition. Elle s’installe avec le peintre dans le sud de la France et crée avec lui.
Une période faste et riche qui n’en est pas moins éphémère avec l’arrivée de la Seconde Guerre mondiale. Ernst est arrêté et Leonora Carrington est contrainte de partir en Espagne. Traumatisée par la séparation, par la solitude et par un viol de soldats franquistes, elle est internée dans une clinique psychiatrique et sombre dans la dépression. Une fois libérée, elle quitte l’Europe, s’installe à New York, puis au Mexique où elle poursuit son art aux côtés d’autres artistes, se marie et donne naissance à deux fils.
Elle se rapproche également de cercles féministes. Son existence, ses traumatismes, sa maternité, la découverte de la sororité et les cultures qu’elle a pu découvrir tout au long de son existence marquent profondément son art.
Au fur et à mesure des années, sa notoriété grimpe et elle connaît d’importantes expositions. Elle est faite citoyenne d’honneur de la ville de Mexico, devient membre de l’ordre de l’Empire britannique et reçoit le Prix national des sciences, lettres et arts du Mexique dans la catégorie Beaux-Arts. Elle meurt en 2011, à l’âge de 94 ans.
Une exposition nécessaire
Si Leonora Carrington était une figure importante du surréalisme et a connu la reconnaissance de son vivant, il est évident que son nom est moins connu que celui des autres protagonistes du mouvement artistique. Rien qu’en cela, l’exposition était nécessaire.
Brillamment mise en espace à travers un accrochage à la fois simple et profond, l’exposition se construit chronologiquement et thématiquement. Le voyage forme un fil rouge qui permet de découvrir sa vie en parallèle de son évolution artistique.
Les 126 œuvres présentées nous plongent dans l’imaginaire de l’artiste, de l’influence des contes jusqu’à la découverte de différents pays et cultures, en passant par le surréalisme, l’ésotérisme, l’écologisme ou le féminisme. En conjuguant tous ces éléments et en croisant les mondes qui ont marqué son existence, elle est parvenue à créer un univers singulier et un langage unique entre fantastique, engagement et récit d’une vie. Ses préoccupations, encore d’actualité en 2026, rejoignent son geste d’une contemporanéité saisissante. Avec cette exposition, le public français découvre que Leonora Carrington s’impose comme une artiste visionnaire, autant dans ses obsessions que dans l’esthétique qu’elle a pu développer durant des décennies.
Leonora Carrington
au Musée du Luxembourg (Paris)
Jusqu’au 19 juillet 2026


