Claire Tabouret « d’un seul souffle »

Deux des plus grandes artistes françaises investissent le Grand Palais jusqu'au 29 mars : Eva Jospin avec Grottesco et Claire Tabouret avec D'un seul souffle. La première continue de nous éblouir en partageant ses sublimes créations en carton, alors que la deuxième nous fait découvrir ses projets pour les vitraux de la cathédrale Notre-Dame.

Thibault Loucheux-Legendre
Thibault Loucheux-Legendre  - Rédacteur en chef / Critique d'art
4 mn de lecture

Scandale en 2023 lorsque l’archevêque de Paris et le Président Emmanuel Macron proposent de remplacer les vitraux de Viollet-le-Duc, pourtant sortis indemnes de l’incendie de Notre-Dame, par des créations contemporaines. Comme d’habitude lorsqu’il s’agit d’art contemporain, tout le monde à un avis, tout le monde s’insurge, sans connaître le sujet et sans avoir vu les œuvres…

Les projets des nouveaux vitraux étaient donc très attendus et Claire Tabouret les a présenté à l’occasion de son exposition D’un seul souffle au Grand Palais. La peintre présente des maquettes grandeur nature des six futurs vitraux contemporains pour la cathédrale parisienne qu’elle réalisera avec l’atelier Simon-Marq. Ces créations sont accompagnées d’esquisses et d’autres travaux préparatoires. Claire Tabouret respecte à la fois l’espace de Notre-Dame avec un travail spécifique sur la lumière avec une balance de couleurs équilibrées, mais aussi le caractère sacré de l’iconographie religieuse en abordant le thème de la Pentecôte qu’elle décrit comme « un moment d’harmonie, de paix, de respect dans la diversité. »

Suite à la monstration des projets de Claire Tabouret, nous avons pu nous rendre compte que les nouveaux vitraux de Notre-Dame font débat. Nous avons donc décidé de remettre les pendules à l’heure pour rétablir certaines vérités. D’abord, les vitraux de Viollet-le-Duc ne sont pas ceux d’origine. La Cathédrale a été terminée au XIVe siècle, alors que Viollet-le-Duc a installé ses vitraux au XIXe siècle. Peu appréciés et jugés peu satisfaisants d’un point de vue historique et esthétique, ils ont été remplacés par des créations modernes dans les années 1930, avant d’être réinstallés à l’aube de la guerre car on craignait que les nouveaux vitraux soient détruits.

Autre élément important, toutes les grisailles de Viollet-le-Duc ne seront pas remplacées. Seulement les six chapelles du bas-côté sud de la nef accueilleront les réalisations de Claire Tabouret.

tout se défendre, comme le coût du projet ou des divergences esthétiques, beaucoup ont critiqué « l’art contemporain » dans sa globalité. Une réaction assez grave et dangereuse car elle met tous les artistes dans le même panier, comme si l’art contemporain était un courant artistique, alors que beaucoup de créateurs exercent des pratiques et abordent des sujets radicalement différents. Personne ne dirait qu’il n’aime pas la musique ou le cinéma contemporain, cela n’a pas de sens tant il existe une pluralité de genres.

L’art contemporain est donc vu par beaucoup de profanes comme un objet nébuleux qui existe souvent dans les médias mainstream par le scandale. Cette réaction vient d’une méconnaissance et interroge à la fois le manque d’intérêt du grand public pour la création contemporaine, mais aussi la capacité du milieu de l’art à s’ouvrir au plus grand nombre.

Plutôt que de crier au scandale sans connaître le sujet, le mieux est d’aller voir l’exposition qui est à découvrir jusqu’au 15 mars 2026.

D’un seul souffle de Claire Tabouret
au Grand Palais (Paris)
Jusqu’au 29 mars 2026

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Par Thibault Loucheux-Legendre Rédacteur en chef / Critique d'art
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Après avoir étudié l'histoire et le cinéma, Thibault Loucheux-Legendre a travaillé au sein de différentes rédactions avant de lancer Snobinart et de se spécialiser dans la critique d'art contemporain. Il est également l'auteur de plusieurs romans. 06 71 06 16 43 / thibault.loucheux@snobinart.fr
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